L'Express
du 24/01/2005
Blasphème
Le Mrap dérape

par Jacqueline Remy
Au moins, les choses sont claires.
En réclamant la pénalisation du blasphème, comme il l'a fait le 13 janvier
sur France 3, Mouloud Aounit, secrétaire général du Mouvement contre le
racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap), a pris un tournant édifiant
dans l'histoire de l'association. En entendant cet appel à la répression,
par la justice, de toute critique contre Dieu ou la religion, on comprend que
le Mrap s'apparente désormais moins à la lutte antiraciste qu'au combat intégriste.
Non seulement Mouloud Aounit fait mine d'oublier que la liberté de critiquer
la religion est un droit fondamental en France, mais il rejoint les
revendications des réseaux intégristes catholiques, sous la houlette de
Bernard Antony, l'un des piliers du Front national. Qu'en penserait le noyau
de militants, souvent communistes, souvent juifs, qui ont créé le Mrap en
1949 ?
Ces dernières années, malgré
l'opposition d'une partie de ses militants, le mouvement a tenté de persuader
l'opinion qu'il fallait se battre prioritairement contre l' «islamophobie»,
diabolisant au passage tous ceux qui critiquent l'islam ou les musulmans et
accordant à demi-mot l'indulgence à certains errements antisémites. Puis,
accueillant des associations fondamentalistes musulmanes en son sein, il a
pris position contre la loi sur le voile. Si le délit de blasphème était rétabli,
pourrait-on encore dénoncer les excès de la charia, les fatwas?
Mouloud Aounit a précisé plus
tard qu'il ne pensait pas au blasphème religieux, mais aux atteintes «à
l'intégrité de la personne». Son lapsus, si cela en est un, n'est peut-être
pas innocent. Il sait que le blasphème est prohibé dans beaucoup de pays
européens.