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Une cloche monumentale pour honorer les martyrs du
Mont-Valérien
LE MONDE | 20.09.03
De 1941 à 1944, plus de 1 000 résistants et otages ont été fusillés par les nazis dans la clairière du Mont-Valérien, au-dessus de Suresnes (Hauts-de-Seine), à l'ouest de Paris. Sur cette colline où le général de Gaulle fit ériger en 1960 un Mémorial de la France combattante, rien, aucune plaque, stèle ou monument, n'a jamais rappelé aux visiteurs les noms de ces martyrs morts pour la France. "Ces héros étaient devenus un long cortège d'ombres anonymes, comme autant de soldats inconnus de la Résistance française", s'est ému Robert Badinter, sénateur (PS) des Hauts-de-Seine, à l'initiative d'une proposition de loi déposée en 1997 pour mettre fin à "cette extraordinaire et injustifiable omission". Six ans plus tard, la République, en la personne du premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, et du secrétaire d'Etat aux anciens combattants, Hamlaoui Mekachera, devait rendre hommage aux fusillés, samedi 20 septembre, en inaugurant une cloche monumentale à leur mémoire. Privée de son battant, celle-ci repose, dans un silence éternel, devant la chapelle désaffectée où les prisonniers étaient réunis avant d'aller au supplice dans une clairière située en contrebas. Conçu par l'artiste Pascal Convert, le monument en bronze bruni porte, par ordre chronologique et alphabétique, les noms de 1 006 prisonniers, parfois célèbres, la plupart du temps inconnus. Sur la cloche, où une place vide symbolise les fusillés demeurés inconnus, c'est toute la diversité d'origine des résistants qui s'offre au regard du visiteur : gaullistes ou communistes, combattants des FTP ou de l'Armée secrète, Espagnols exilés, Italiens antifascistes, chrétiens et juifs, professeurs et ouvriers immigrés s'y retrouvent côte à côte, tout comme l'officier de marine Estienne d'Orves, le député communiste Gabriel Péri ou le chef de l'organisation des FTP-MOI, Missak Manouchian. Quelques heures avant de mourir, les fusillés se voyaient remettre trois enveloppes par les soldats allemands. Dans cette correspondance adressée à leur femme, à leurs parents, parfois à leurs professeurs, les historiens n'ont retrouvé aucun cri de haine ni aucun appel à la vengeance. Ces derniers mots, c'étaient des messages d'amour pour leurs proches et leur pays. "Je suis sûr que ma mort ne sera pas inutile, qu'elle servira à construire un monde où il y aura du pain pour tous et des roses", espérait Fernand Zalkinov, 20 ans, ouvrier fourreur à Paris, né dans une famille juive d'origine russe. "Chez ces hommes-là, a lancé Robert Badinter lors d'une brève allocution prononcée devant les familles des fusillés, il n'y avait ni désespoir ni amertume, mais la conviction que leur vie, souvent si courte, a été belle, parce qu'ils lui ont donné le plus noble sens." La cérémonie devait s'achever avec le Chant des partisans, entonné par le chœur de l'armée française. A midi, des enfants ont commencé à lire les noms des fusillés. La lecture devait durer toute la journée. Alexandre Garcia • ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU
21.09.03 |