"Ils ont accepté le déshonneur pour avoir la paix. Ils auront le déshonneur et la guerre"    Winston Churchill

Sent: Friday, March 21, 2003 3:12 AM

Patrice Laperriere, journaliste économique à Moscou

nouxious@hotmail.com

 

 

L’OPINION PUBLIQUE ET LA CRISE IRAKIENNE

Je regardais à la télé l’engouement spontané pour les Irakiens. A travers l’Europe et même aux États-Unis, des marées de manifestants brandissaient les étendards - contre la guerre et pour la liberté - (que ça nous plaise ou non) du gouvernement Irakien. La démocratie stipule qu’un peuple a le droit de disposer de lui-même comme il l’entend et d’imposer sa propre vision des droits et libertés. Saddam a été approuvé par un référendum, il doit donc être reconnu par la communauté internationale comme le président de l’Irak et nul n’a le droit, sauf le peuple irakien, d’en décider autrement. Les États Unis jugent (...) qu’il est dangereux pour la sécurité internationale qu’un tel président soit au pouvoir. Le président Hussein récolte toutes les sympathies, et des millions de manifestants, surtout dans les pays démocratiques et libéraux, manifestent contre la politique américaine. On observe aujourd’hui une forte division, une faiblesse au sein des démocraties occidentales… J’ai comme l’impression que l’opinion publique est oublieuse de l’histoire.

 

Lorsque Hitler arriva au pouvoir en 1933, il n’a pas d’emblée installé une dictature. Pour acquérir une certaine légitimité, il a proposé un projet de loi qui attribuait à son cabinet des pouvoirs dictatoriaux pour cinq ans. Vu la conjoncture économique et la confiance qu’il suscitait auprès du peuple, le projet fut adopté par le Reichstag à 441 voix contre 91, nettement plus des deux tiers exigé par la Constitution. Hitler atteignait ainsi son objectif : la dictature par les voies légales. Il avait maintenant plus de pouvoir que Bismarck ou le Kaiser n’en avaient jamais possédé… Il n’hésita pas a s’en servir comme on sait.

 

L’équivalent de la résolution 1441 qui empêche, théoriquement, Saddam Hussein de poursuivre toute prétention d’expansion territoriale et toutes formes de réarmement, était, pour Hitler, le traité de Versailles. Mais, en plus, ce traité, formulé par les vainqueurs de la première Guerre mondiale, obligeait l’Allemagne à rembourser les pertes qu’elle avait engendrées. La sévérité du traité faisait douter, même certains Français, de la possibilité de le respecter. Plusieurs personnalités reconnaissaient une flagrante injustice à l’égard du peuple allemand.

 

Hitler utilisa ce doute qui s’exprimait au sein même des démocraties pour se débarrasser, subtilement, point par point, des clauses du traité. Chaque fois qu’il enfreignait le traité, la France se consolait en se disant que l’Allemagne ne voulait que corriger certaines des injustices les plus criantes programmées à Versailles et seulement appliquer “le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes”. A chaque “coup”, Hitler se répandait en discours pacifistes et proposait de nouveaux accords pour rassurer les États inquiets de sa gourmandise. L’Occident ne voulait pas de guerre.

 

Le 16 mars 1935, Hitler rétablit le service militaire obligatoire et reconstitua une armée. L’année suivante, les troupes allemandes rentraient en Rhénanie, un territoire qui avait été retiré à l’Allemagne par le traité. Son intention était des plus pacifiste, comme il le décrivait dans Mein Kampf : “Rassembler tous les hommes de sang allemand dans un Grand Reich”. En toute liberté, il réunissait des hommes libres qui, par référendum, acceptèrent à une forte majorité de se réunir à son empire pacifiste.

L’Occident fut surpris, mais ne voulait pas risquer une guerre pour arrêter Hitler. Pourtant, à cette époque, les stocks de pétrole dont disposait l’Allemagne lui auraient permis, tout au plus, de mener une guerre de quelques semaines. Les généraux allemands vécurent dans l’angoisse, jusqu’au jour où le calcul d’Hitler s’avéra juste : divisées entre elles, les démocraties étaient prêtes à toutes les concessions.

 

Les violations du traité de Versailles devinrent de plus en plus flagrantes. Puis, Hitler renia complètement le traité et lança son pays dans une campagne de réarmement qui devait, d’un côté, sortir l’Allemagne du marasme économique et, de l’autre, alourdir les négociations avec le Reich. L’opinion publique était partagée, les méthodes hitlérienne étaient discutées, mais le résultat finalement approuvé. Le dictateur avait sorti l’Allemagne de l’humiliation de l’après-guerre. Pourtant, à l’intérieur du pays, les nazis opéraient une campagne de Gleichschaltung, le « nivellement », selon leurs vues de toute la société allemande. Le parti intervenait dans chaque secteur social pour en faire un instrument docile : l’industrie, l’enseignement, le droit, la science, la presse, les syndicats (l’Arbeitsfront), etc. Quand la propagande et la terreur ne suffisaient pas, la Geheime Staatpolizei, la Gestapo, entrait en action, avec les méthodes les plus brutales. Des milliers d’adversaires politiques furent parqués dans des camps de concentration, maltraités de façon atroce ; les morts ne se comptaient déjà plus. Les Juifs furent évidemment le groupe social le plus touché. Peut importait les atrocités commises par le parti, l’Occident se rassurait en se répétant que “la démocratie stipule qu’un peuple a le droit de disposer de lui-même et d’imposer sa propre vision des droits et libertés”.

 

Le 12 mars 1938, les forces allemandes entrèrent en Autriche au cours de la nuit, sans rencontrer de résistance si ce n’est celle d’un gros aristocrate anglais fumeur de cigares. Le vieux Lord Churchill s’alarmait depuis déjà cinq ans et son discours perdait toujours plus de sa crédibilité tant ses intérêts étaient évidents ; maintenir l’Allemagne faible, pour soutenir une Grande-Bretagne forte. Pour évincer tous les doutes et discréditer les discours guerrier de Churchill, les nazis organisèrent un referendum, non-secret, dont les résultats stipulaient que 99,73% des électeurs autrichiens étaient en accord avec Hitler. L’opinion publique était convaincue ; Hitler voulait la paix, Churchill voulait la guerre. Il proférait un jugement tout à fait faux sur Hitler. Le journal français Le Temps écrivait, le 1er septembre 1938 : “M. Hitler s’est souvent posé en champion de la paix. On n’a aucune raison de mettre en doute sa sincérité”. Et l’opinion publique se disait que l’annexion de l’Autriche, ce n’était pas si grave : “Les Autrichiens, c’est des Allemands après tout...”

 

Churchill protesta durement contre cette opinion à la Chambre des communes, dès le 14 mars 1938 : “On ne saurait exagérer la gravité des événements du 12 mars. L’Europe se trouve en face d’un programme d’agression, soigneusement préparé et minutieux, qui s’exécute étape par étape. Un seul choix reste offert, non seulement à nous, mais aux autres pays : ou nous soumettre comme l’Autriche, ou bien prendre, pendant qu’il en est encore temps, des mesures efficaces pour écarter le danger et, s’il est impossible de seulement l’écarter, pour en venir à bout. Si nous continuons d’attendre les événements, quelle quantité allons-nous gaspiller des ressources encore utilisables pour notre sécurité et pour le maintien de la paix ? Combien d’amis allons-nous perdre ? Combien d’alliés éventuels verrons-nous tomber un à un dans le gouffre hideux ? Combien de fois le bluff réussira-t-il, avant que, derrière ce bluff, des forces, sans cesse croissantes, aient dressé une redoutable réalité ?… Où en seront nous dans deux ans, par exemple, lorsque l’armée allemande sera certainement plus forte que l’armée française et que toutes les petites nations auront fui Genève pour rendre hommage à la puissance toujours grandissante du régime nazi et pour obtenir de lui les meilleures conditions possibles ?…”

 

Churchill croyait qu’Hitler était un dictateur. Le culte de la personnalité, la répression policière, le parti unique, la restriction législative, le non-respect des droits et libertés (au sens occidental), le gouvernement autocratique, les annexions territoriales, le referendum sous surveillance remporté a 99%, les purges… étaient autant d’indices qui formaient sa conviction. Il était également persuadé qu’on ne peut laisser trop de pouvoir entre les mains d’un dictateur car il n’hésitera pas à en utiliser la totalité. L’opinion publique, essentiellement pacifiste, empêchait Churchill de déclarer la guerre à l’hitlérisme. Elle était à l’antipode ; elle croyait que faire certaines concessions au Führer le rendrait plus raisonnable. Et c’est ce que pensait aussi  le Premier ministre de la Grande-Bretagne à cette époque, Neville Chamberlain.

 

Pour sauver l’indépendance de la Tchécoslovaquie, il alla voir Hitler à trois reprises pour obtenir un compromis. A chaque fois, le Führer sentit faiblir les Occidentaux et accentua ses exigences. C’est sur la Tchécoslovaquie que la France et l’Angleterre accentuèrent leur pression. Après de longue négociation où Hitler défendait les “droits et libertés” du peuple allemand, la Tchécoslovaquie dû céder à l’Allemagne quatre territoires où les germanophones étaient majoritaires. Elle se retrouvait ainsi amputée, paralysée, sans défense. Quoi qu’il en soit, Chamberlain et Daladier connurent un retour triomphal à Londres et à Paris. Ils avaient sauvé la paix et avait prouvé qu’on pouvait résoudre un conflit, même avec un dictateur, de façon diplomatique.

 

Le soir du 14 mars 1939, Hitler entre à Prague. Le lendemain, la Bohême et la Moravie sont déclarées protectorats allemands. L’Etat tchécoslovaque a cessé d’exister. Et le 23 mars, c’est au tour de la Lituanie, car elle aussi détenait un certain pourcentage de germanophones. Hitler accumula les armes, les vivres et l’équipement nécessaires pour entrer dans sa deuxième phase, celle qui aurait une petite chance de réveiller l’opinion publique : envahir un pays non germanique, la Pologne.

Les Soviétiques non plus ne voulait pas la guerre… Ou plutôt ils l’espéraient, mais pas chez eux. Ils signèrent un pacte de non-agression avec les nazis et déclarèrent “criminel de faire la guerre à l’hitlérisme”. Pourtant Hitler expliquait clairement dans Mein Kampf qu’il allait offrir au peuple allemand toujours plus nombreux un Lebensraum, un “espace vital”, à l’Est par une conquête violente. Hitler voulait arrêter la marche éternelle des Germains vers l’Ouest et le Sud de l’Europe, retourner l’invasion vers l’Est, vers la Russie et ses voisins, vers cet empire soviétique qu’il jugeait mûr pour la grande déliquescence. Le premier septembre 1939, a 4 h 45 du matin, Hitler a lancé la Wehrmacht à l’assaut de la Pologne. Les Occidentaux tentèrent encore de négocier et de régler le conflit par des méthodes diplomatiques. La deuxième Guerre mondiale commençait…

 

Churchill ne voulait pas tuer des enfants allemands pour assouvir une soif de sang ou assurer la supériorité anglaise en Europe ; il voulait arrêter un virus déjà installé ; c’est-à-dire couper un pied avant que la gangrène ne gagne tout le corps. Et pendant que les médecins occidentaux ne reconnaissaient pas l’infection ou refusaient de porter la responsabilité d’une amputation, le cancer se renforça et l’opération fut beaucoup plus sérieuse.

 

En six années de guerre, les chiffres officiels estiment les pertes à 20 millions de morts pour l’URSS, 6 millions pour la Pologne, un million en France (qui ne s’était battue que quatre semaines avant de rendre les armes), 400 000 en Grande-Bretagne…, soit un total de 55 millions de morts sur une population mondiale de 2 milliards d’habitants (2,2% de la population planétaire) !

 

En avril 1940, dans le camp adverse, le chef de la propagande nazi, Joseph Goebbels, ne pouvait mieux résumer l’attitude des Occidentaux : “Jusqu’à maintenant, nous avons réussi à laisser nos ennemis dans la confusion en ce qui concerne nos vraies intentions. En 1932, l’opposition à l’intérieur même du pays n’a jamais su déterminer où nous allions et que nos sermons sur l’égalité n’étaient qu’un leurre… Ils pouvaient facilement nous réprimer. Ils pouvaient arrêter quelques-uns d’entre nous en 1925 et ça aurait été la fin. Mais ils ne l’ont pas fait, ils nous ont laissé passer dans la zone dangereuse. C’était exactement la même chose pour la politique étrangère… En 1933, un ministre franchis a dit (et si j’avais été à sa place, j’aurais dit la même chose) : “Le chef de l’Etat allemand est l’homme qui a écrit Mein Kampf, il explique clairement ses intentions. Cet homme ne peut être toléré à notre proximité. Ou il disparaît ou nous l’attaquons !”. Mais ils ne l’on pas fait. Ils nous ont laissé tranquilles. Ils nous ont laissé glisser dans la zone dangereuse et nous avons été capables de franchir tous les obstacles. Et lorsque nous les avions tous franchis, que nous étions bien armés, mieux qu’eux, alors là ils ont commencé la guerre!

 

Hitler connaissait très bien les lacunes du système démocratique. Il les a utilisées pour construire, en plein milieu d’une Europe libérale et démocratique, un régime de destruction. La logique de l’opinion publique empêcha de détruire le parti nazi dans son nid. La démocratie stipule le choix du peuple et ce même s’il est répressif. De cette façon, la démocratie est aussi vulnérable que le communisme dans un monde de consommation. Elle se ferme et se transforme en une dictature de la majorité. Elle ne s’efforce plus d’élargir ses horizons en respectant les différences. Il serait peut-être temps d’adapter la démocratie avant qu’elle ne s’effondre comme le mur de Berlin. Pour survivre, les démocraties libérales ne pourraient qu’appliquer l’aphorisme paradoxal de St-Just : “Pas de liberté pour les ennemis de la liberté !”. C’est un peu ce qui résume la politique américaine aujourd’hui, mais l’opinion publique ne voit pas les choses du même oeil.

 

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Les protestations contre la guerre n’ont malheureusement rien à voir avec la sauvegarde du peuple irakien. Cela fait déjà dix ans qu’il vit sous embargo, dans un régime de répression sanglante et cela n’a jamais fait frémir l’opinion publique. C’est seulement depuis que les États-Unis s’en mêlent et que la tension est montée d’un cran que le commun des mortels peut s’identifier à une arithmétique diplomatique qu’il comprend : un peuple veut se battre pour voler du pétrole, et l’autre ne veut pas et ne peut se défendre. De plus, l’oppresseur, c’est quelqu’un qu’il connaît bien et qu’il déteste par tradition. Quelle joie de pouvoir s’intégrer au monde politique en se portant défenseur de la paix, lors d’une parade animée comme le carnaval de Rio. Personnellement, je me demande bien la paix de qui ils défendent, ces millions de pacifistes ? Celle des Irakiens ou celle de la conscience morale du militant ?

 

L’opinion publique est souvent paradoxale et opportuniste. Elle se joint toujours au parti de celui qui donne et n’a jamais voulu prendre la responsabilité d’amputer. Elle mange l’omelette en condamnant celui qui a cassé les oeufs. Elle se borne souvent à renier les deux partis, sans être consciente de ses propres intérêts à long terme. Elle manipule l’information jusqu’à ce qu’elle s’ajuste à ses convictions et son incontrôlable besoin de ce plaindre, de manifester son mal de vivre dans une société qui n’atteindra jamais son idéal.

 

La lutte effective contre l’ordre établi est pourtant simple : se résigner à une consommation de survie. Une politique de boycott des produits US aurait des répercutions beaucoup plus sérieuses sur la politique américaine que toutes les manifestations du monde, mais l’amour du peuple irakien n’ira jamais jusque là. Les manifestations d’aujourd’hui assouvissent un besoin, demain le supermarché en assouvira un autre.

Le militantisme est un hobby comme un autre, il occupe le temps libre et rempli un vide existentiel comme la philatélie ou les vignettes à coller. L’éventail des sujets de protestation est infini, il peut même être contradictoire. Un militant peut à la fois protester contre la souffrance infligée aux animaux et pour une politique protectionniste sur la viande bovine. Pour la liberté d’expression et contre la liberté du commerce. Pour l’échange culturel et contre l’échange économique. Pour l’annulation de la dette du tiers monde et contre l’augmentation des impôts. Pour un meilleur salaire et contre l’inflation ou la société de consommation. Pour le châtiment de ceux qui se sont enrichis aux dépens de leur peuple et contre l’intervention internationale armée...

(...)

Dire : “Je suis contre la guerre” n’a pas de sens, c’est complètement ridicule ; tout le monde est contre la guerre ! Hitler, Mao, Staline et Ben Laden apportent un message de paix… Leur paix . L’état de paix qu’ils jugent convenable a leur vision de la vie. Une vision souvent étroite et restreinte, qui ne peut embrasser la totalité des désirs du peuple, mais qui souvent, avec acharnement, finit par convaincre la majorité. Les manifestants occidentaux croient à la dichotomie entre ceux qui veulent la paix et les Américains qui veulent la guerre. L’opinion publique met tout de suite la faute sur celui qui commence la guerre, et n’a pas la volonté d’observer celui qui la fomente. Cette logique veut qu’il y ait toujours un oppresseur et un oppressé. L’oppresseur est toujours le plus nanti et l’oppressé n’est jamais victime de lui-même, de son manque d’organisation et de son obsession à faire passer son honneur avant son sens pratique et sa raison.

L’opinion publique se retrouve donc dans une impasse, elle ne peut se débarrasser de l’opposition du “bon” et du “mauvais”. Prisonnière de son besoin de certitude, elle porte un jugement catégorique sur une réalité qui s’avère trop complexe pour cette simplification. La politique de l’Irak, comme les politiques de l’Islam, des communistes, du tiers monde… ne doivent pas être observées en fonction de leur état actuel, mais en fonction de leur direction. (...) Ce qu’on entend par “un monde libre”, c’est un monde où les possibilités sont en expansion et non en stagnation ou en régression. Les États-Unis profitent de l’évasion des cerveaux ; ce n’est pas seulement à cause des salaires supérieurs, mais grâce a l’abondance de possibilités qu’offre ce pays. (...)

 

Bien sûr, le message est beaucoup plus joli lorsqu’on crie : “paix a tout prix !”, mais en réalité, agir ainsi c’est se débarrasser de la responsabilité de trouver une vraie solution. C’est surtout une bonne façon de gagner le cœur du public qui voit dans la paix la solution ultime à laquelle aucun dirigeant n’avait pensé. Hitler aurait continué “pacifiquement” sa conquête de l’Europe si la Grande-Bretagne ne lui avait pas déclaré la guerre. Doit-on mettre la responsabilité de la deuxième Guerre mondiale sur la Grande-Bretagne ? Pour une paix durable, il faut que toutes les nations aient la même vision de la paix et des droits et libertés.

 

Pour les manifestants du monde entier, la paix c’est quand les Américains ne se mêlent pas de la politique de Saddam (quoique les jours passent et l’opinion publique s’ajuste ; maintenant on parle de “ceux qui veulent prolonger les inspections”). Pour ma collègue Kurde qui s’est réfugiée à Moscou après avoir perdu sa famille, Américains ou pas, elle ne voit pas de perspective de paix en Irak sous le régime de Saddam. Et que, résolution 1441 ou pas, Saddam pense et agit en dictateur ; une logique très mal comprise par les nouvelles générations de l’Occident. La logique du dictateur, c’est quand l’honneur devient la priorité ; son honneur, et ensuite l’honneur de son peuple, au prix du confort, du bien-être et de la liberté.

Il existe un standard des dictateurs, ils se ressemblent à peu près tous. Ils enfreignent les mêmes lois, les mêmes valeurs et commettent les mêmes aberrations. Ils sont facilement reconnaissables, mais ils sont presque tout le temps ignorés. Ils peuvent donc commettre des atrocités sans que l’opinion publique s’en occupe. Ils bénéficient de l’indifférence des masses et même de sa protection. Si une instance supérieure tente de se mêler de leur politique, elle sera automatiquement incriminée et ses intérêts économiques seront pointés du doigt pour discréditer ses intentions. (...)

 

Respecter un dictateur parce qu’il est soi-disant approuvé par son peuple, c’est respecter Staline, Hitler, Pol Pot, Tito, Mao… qui ont tous connus un soutien majoritaire, voire unanime. Je ne crois pas que les “mass media” soient coupables, ils donnent à leurs clients ce qu’ils demandent. De son côté, le téléspectateur n’a plus qu’à se choisir un bon, un méchant et un parti à défendre. Le besoin d’admirer, de détester et de croire en quelque chose d’immuable, subjuguent la raison. 

 

Ainsi la paix, la guerre, le capitalisme, les États-Unis, le terrorisme, la diplomatie, le pouvoir, la démocratie, la liberté, la mondialisation… deviennent des symboles que l’on traite machinalement sans se demander ce qu’ils peuvent vraiment signifier ou ce qu’ils pourront signifier dans quelques années.  “L’homme, disait Baudelaire, est un enfant égaré dans les forêts de symboles”, et Kundera ajoute, dans L’Art du Roman : “ Le critère de la maturité c’est la faculté de résister aux symboles. Mais l’humanité est de plus en plus jeune.”

 

Patrice Laperriere

Journaliste économique à Moscou

nouxious@hotmail.com