brève histoire du radicalisme

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LES GRANDS ANCÊTRES (1789-1870)

L'histoire du radicalisme commence avec les philosophes français du XVIIIe siècle, ceux qui s'étaient eux-mêmes appelés les philosophes des Lumières et que, dans un élan d'admiration, on appelle parfois, tout court, les philosophes. Puis vinrent les révolutionnaires de 1789 et de la Ière République, dans lesquels les radicaux, s'affirmant "fils de la révolution", ont toujours voulu reconnaître leurs "pères". De tous ces personnages émerge un nom: Condorcet.

CONDORCET (1743-1794)

A la fois philosophe des lumières et révolutionnaire, synthèse tragique de la pensée et de l'action (l'échafaud était au bout), Condorcet compte parmi les "grands hommes" des radicaux qui n'ont pas hésité, rétrospectivement, à en faire le premier d'entre eux.

Condorcet mérite à double titre l'admiration des radicaux. Pour sa remarquable Esquisse de l'histoire des progrès de l'esprit humain (1793) d'une part, livre d'optimisme d'où découle la confiance dans la perfectibilité de l'homme et des sociétés, base de tout réformisme politique. Pour son projet d'organisation scolaire, d'autre part, mettant en avant le rôle de l'éducation dans les progrès de l'individu et de la société. Si l'on devait résumer d'une phrase la pensée de Condorcet, on pourrait dire: confiance en l'homme tout en le sachant imparfait. C'est là, déjà, presque une définition du radicalisme.

Le mot radical, dans son sens politique, est apparu pour la première fois en Angleterre. C'est là que naquit, en 1776, un "parti radical" qui se donnait pour but de réaliser des réformes profondes, à l'aide de l'instauration du suffrage universel.

Le mot fut repris en France sous la restauration par les royalistes ultras pour désigner tout réformateur qu'ils ne pouvaient bien sûr imaginer autrement que "radical". Tombé dans l'oubli, il réapparaît en 1835 sous la Monarchie de Juillet. Les lois sur la presse (septembre 1835) ayant interdit l'usage du mot "républicain", il fit alors usage de vocable de substitution.

LEDRU-ROLLIN (1807-1874)

Le premier homme politique à se revendiquer ouvertement du terme radical fut Ledru-Rollin. Député d'opposition sous la monarchie de juillet, révolutionnaire en 1848, exilé en Angleterre à partir de 1849, Ledru-Rollin ajouta un "plus" à la pensée de Condorcet : la démocratie n'étant pas pour lui une fin en soi, mais un moyen de promouvoir les réformes sociales. Pour lui, la question sociale, c'est à dire le paupérisme croissant des prolétaires des villes, à mesure que se développait la révolution industrielle, devait être affronté à bras le corps.

Il demandait:

- La nationalisation des mines et chemins de fer;

- une réforme fiscale dans le sens d'une plus juste répartition de la charge de l'impôt;

- l'instruction gratuite et obligatoire;

- la liberté d'association.

Une question essentielle opposait cependant le radicalisme de Ledru-Rollin au communisme qui se développait alors, notamment autour d'Etienne Cabet: la question de la propriété.

Pour Ledru-Rollin, la propriété ne devait pas disparaître, mais s'étendre à tous. Il rêvait d'une société de petits propriétaires indépendants, rêve qui avait déjà été celui des sans-culottes de la révolution, et qui resta celui des radicaux jusque dans les années cinquante.

LOUIS BLANC (1811-1882)

Sans être non plus "socialiste", Ledru-Rollin était un proche de Louis Blanc, le grand théoricien du droit du travail. Notons d'ailleurs que si Louis Blanc se revendiquait en 1848 du socialisme, après 1870 il se dira radical et donnera du mot dans Le Larousse une définition célèbre : "Être Radical, c'est vouloir que la République, appuyée sur le suffrage universel, ait pour but l'amélioration morale, intellectuelle et physique du sort de tous". Ledru-Rollin et Louis Blanc connurent leurs heures de gloire durant les journées de février 1848 qui chassèrent Louis-Philippe du trône. Ensemble, ils crurent venu le temps d'une république "démocratique et sociale". Mais le rêve finit dans le sang des journées de juin 1848 (massacre des ouvriers parisiens de la Commune de Paris) et du 2 décembre 1851 (coup d'état de Louis Napoléon Bonaparte qui, un an plus tard, prit le titre d'Empereur et le nom de Napoléon III).

Dans les années 1860, à la faveur des premières difficultés du régime impérial et des premières mesures de libéralisation, l'idée républicaine réapparut sur le devant de la scène politique. Le terme radical fleurit à nouveau. Il servait à désigner les républicains irréconciliables, ceux qui refusaient tous compromis avec un régime né d'un coup d'état. Le mot n'était pas sans ambiguïté. Beaucoup de ceux qui l'utilisaient s'avérèrent des républicains bien modérés, une fois l'Empire effondré (ainsi Jules Simon, l'auteur d'une Politique radicale).

GAMBETTA (1838-1882)

Le véritable chef du radicalisme était alors Gambetta. Tribun magnifique, orateur chaleureux, Gambetta, à l'occasion des élections de 1869, fit connaître son Programme de Belleville. Ce dernier devait rapidement devenir mythique et la bible des radicaux pendant près de 50 ans. A côté des libertés fondamentales, Gambetta y demandait :

- l'école gratuite, laïque et obligatoire;

- l'abolition des monopoles économiques.

Affirmant que "la forme l'emporte et résout le fond", il accordait un rôle essentiel à la forme républicaine des institutions et au suffrage universel pour la réalisation des réformes sociales dont avaient tant besoin les classes laborieuses.

 

 

LE RADICALISME HéROÏQUE (1870-1970)

Le 4 septembre 1870 : l'empereur ayant été vaincu et fait prisonnier à Sedan par les armées prussiennes, la République fut proclamée. Puis, ce fut la Commune de Paris au printemps 1871. Les radicaux étaient, globalement, dans le tiers parti, celui qui tenta d'arrêter la guerre civile, et que les Versaillais assimilèrent souvent aux communards. Aux lendemains de la Commune, la république était menacée, la droite monarchique, majoritaire à l'Assemblée Nationale, rêvant d'une restauration. Ce n'est qu'en 1879 que le danger fut repoussé. C'est alors que les républicains, jusqu'alors unis, se scindèrent en deux tendances : les opportunistes et les radicaux.

OPPORTUNISTES ET RADICAUX

Les premiers, autour de Gambetta (devenu modéré) et de Jules Ferry (dont une fausse légende veut qu'il ait été radical), proposaient d'attendre le moment opportun -c'est à dire jamais disaient d'aucuns- pour réaliser le Programme de Belleville. Pour les radicaux regroupés autour de Georges Clemenceau (1841-1929) et de Camille Pelletan (1846-1915), il fallait le réaliser sans attendre. Les opportunistes voyaient volontiers dans les radicaux une certaine démagogie. C'est pourtant sous la pression des radicaux que Jules Ferry réalisa sa grande œuvre, déjà demandée en son temps par Ledru-Rollin: l'école gratuite, laïque et obligatoire. Alors même que s'affrontaient opportunistes et radicaux, des nuances se faisaient jour parmi ces derniers. Certains étaient prêts à des compromis pour obtenir des portefeuilles ministériels (Floquet, Brisson), ce que refusaient les radicaux intransigeants, plus tard appelés radicaux-socialistes (Clemenceau, Pelletan). Cette dualité du radicalisme fut durable. C'est elle qui donna naissance à un radicalisme de droite et à un radicalisme de gauche.

LE SOLIDARISME

Au tournant des XIXe et XXe siècles, les radicaux sentirent le besoin de préciser leur philosophie politique qui se revendiquait des grands principes républicains et de l'héritage révolutionnaire. C'est alors que fut formulée par Léon Bourgeois (1851-1927), puis développée par le sociologue Célestin Bourglé (1870-1940), la doctrine du solidarisme (le premier publia Solidarité en 1896, le second Solidarisme en 1913). L'idée de base est que l'homme est redevable à la société, sans laquelle il ne pourrait vivre. Certains, cependant, reçoivent davantage de la société qu'ils ne lui apportent, d'autres reçoivent moins qu'ils n'apportent. Il importe donc de rétablir l'équilibre du contrat social (Bourgeois préfère parler de "quasi-contrat") en donnant aux créanciers et en faisant payer les débiteurs. Ce trouvait ainsi justifié tout l'arsenal de ce que l'on appellera bien plus tard "l'État providence" : impôts sur le revenu, retraites, assurances sociales, etc. A la lutte des classes marxistes, le solidarisme préfère opposer la solidarité entre les classes. Au total, le solidarisme se présente comme un refus du libéralisme et du collectivisme. "L'individu ne pouvant être sans l'espèce, l'espèce ne pouvant durer que par l'individu" (Léon Bourgeois).

LE PARTI RéPUBLICAIN, RADICAL ET RADICAL-SOCIALISTE

Au gré de l'affaire Dreyfus qui avait occasionné un réflexe de défense républicaine dans le pays, les radicaux allaient enfin accéder au pouvoir et s'identifier un temps à la République elle-même. Mais auparavant, il leur fallait s'organiser davantage. La naissance du parti républicain, radical et radical-socialiste en 1901, en une période où se constituaient les grandes formations politiques de masse, fut une opération d'unification des diverses tendances du radicalisme, même si la tendance de gauche semblait l'emporter. La déclaration de clôture lue par Camille Pelletan insistait à l'union à gauche, la nationalisation des grands monopoles, la séparation de l'église et de l'État, et l'impôt sur le revenu. Ce n'est qu'en 1907, à Nancy, que le parti se dota d'un programme précis, nettement ancré à gauche. Ancrage à gauche que confirma le Congrès de Pau en 1913.

COMBES (1835-1921)

Un an après la constitution du parti radical, celui-ci remportait les élections législatives. Les années 1902-1905 allaient être les grandes heures du "bloc des gauches", unissant socialistes et radicaux autour de Jaurès, à la Chambre, et de Combes, à la tête du gouvernement. Le ministère Combes mena la lutte contre les congrégations religieuses, estimant que la destruction des chaînes intellectuelles étaient un préalable indispensable à la destruction des chaînes de travail. Cette période resta longtemps mythique pour les radicaux, qui y reconnaissent leur âge d'or. Les élections de 1906 furent un nouveau triomphe radical. Clemenceau accéda à la présidence du Conseil. Jusqu'en 1914, les radicaux furent quasiment de tous les gouvernements.

RADICAUX DE GAUCHE, RADICAUX DE DROITE

Pourtant, leur programme ne fut que bien partiellement appliqué (virent cependant le jour les retraites ouvrières et l'impôt sur le revenu défendu par Joseph Caillaux (1863-1944)). C'est que l'anticléricalisme n'étant plus là pour les réunir, après la séparation de l'église et de l'Etat (1905), radicaux de gauche et radicaux de droite s'opposèrent.

Radicaux de gauche

Pour les premiers, le radicalisme devait rester fidèle aux idéaux qui avaient fait sa grandeur, même si son électorat n'était plus ouvrier : "Les radicaux-socialistes sont un parti bourgeois qui a l'âme d'un parti du peuple". (Ferdinand Buisson)

Radicaux de droite

Pour ces derniers, l'action devait s'aligner sur la sociologie des classes moyennes (petits commerçants, petits artisans, professions libérales) qui constituait leu électorat, et il fallait rompre avec les socialistes.

La contradiction entre l'idéal de gauche du radicalisme et sa sociologie parvint à son paroxysme dans l'entre-guerre, paralysant son activité gouvernementale. Le bilan du radicalisme de cette période - quant bien même on ait pu parler de république radicale - est singulier. C'est en ces temps d'indécision et d'affairisme (qu'on songe à l'affaire Stavisky) que s'est enflée une certaine réputation d'un radicalisme au centrisme à toute épreuve, expert en manœuvres tactiques pour se maintenir au pouvoir. On serait ingrat cependant d'oublier les belles et grandes heures du Cartel des gauches (1924-1926) et du Front populaire (1936-1938) - Front populaire dont le programme, à la vérité, n'était rien d'autre qu'un programme radical de gauche, même si le mérite en est trop souvent attribué aux seuls socialistes et communistes. Ces deux expériences furent de courte durée : l'une et l'autre étant venue buter sur les contradictions internes et le fameux "mur d'argent". Deux personnages dominèrent cette période, alternant à la tête du parti et dans les ministères : les deux Édouard, Herriot (1872-1957) et Daladier (1884-1970).

LES JEUNES TURCS

A l'initiative de quelques jeunes gens brillants et impertinents, de 1927 à 1934, une tentative de modernisation de la pensée radicale, accordant un poids accru aux questions économiques: le mouvement "jeune turc". Là encore, deux tendances s'y dessinaient, par delà les camaraderies de jeunes gens d'une même génération décidés à faire bouger les choses : une tendance gauche, nostalgique des traditions du XIXe siècle, autour de Pierre Mendès France, Pierre Cot et Jacques Kayser; une tendance technocratique et centriste, autour d'Émile Roche ou de Jean Luchaire.

LE NéO-RADICALISME ET LES TENTATIVES DE RéNOVATION RADICALE (1945-1994)

A la libération, en dépit du comportement héroïque de certains de ses membres tels Jean Moulin, le radicalisme était discrédité. L'opinion publique l'assimilait par trop au régime de la IIIe république finissante, qui n'avait pas su préparer la guerre. On voulait du renouveau. Pourtant, en quelques années, le radicalisme allait reprendre une place essentielle sur l'échiquier politique, participant à toutes les expériences politiques à partir de 1947.

Mais le radicalisme d'alors n'était plus celui de 1936. Il était dans la lignée du néo-radicalisme défini en 1938 par Dalladier, hostile à l'ancrage à gauche du parti. Libéralisme ("debout les libéraux !" lança René Mayer en 1949) et anti-communisme furent le nouveau credo radical, après que les tenants de l'aile gauche, sauf Mendès France, aient été exclus en 1946.

C'est justement Mendès France (1907-1983) qui devait essayer de ramener le radicalisme vers la gauche, dans une première tentative de rénovation. Après la chute de son gouvernement, le 5 février 1955 - gouvernement bientôt devenu mythique, du fait du courage et de la lucidité politique de son chef, tranchant les problèmes que l'on avait laissé pourrir - Pierre Mendès France prit la tête du parti radical le 4 mai 1955 (il était en réalité premier vice-président, Herriot occupant une assez peu radicale présidence… à vie !).

Le radicalisme connu alors un nouveau dynamisme. Une campagne d'adhésion fut lancée. Une école de cadres fut créée. Au vieux radicalisme rural du sud-ouest vint ainsi se superposer un radicalisme urbain, jeune, avec une certaine proportion de femmes et de catholiques de gauche. La greffe pourtant devait échouer.

Une partie des députés radicaux ne suivirent pas Mendès France dans son refus de la politique de guerre en Algérie de Guy Mollet. Pierre Mendès France démissionna de la tête du parti le 23 mai 1957.

Une partie des radicaux déçus par le parti devaient contribuer, en 1964, derrière Charles Hernu, à la constitution de la Convention des Institutions Républicaines, étape essentielle dans le parcours de François Mitterrand vers l'Élysée.

JEAN-JACQUES SERVAN-SCHREIBER

Une seconde tentative de rénovation fut menée deux ans plus tard par Jean-Jacques Servan-Schreiber, secrétaire national du parti en 1969 (sous la présidence de Maurice Faure), puis président en octobre 1971.

En janvier 1970, Servan-Schreiber rédigea avec Michel Albert un Manifeste radical. L'inspiration en était moderniste et optimiste (on était encore dans les années de croissance et de plein emploi). Comme au temps de Mendès France, les adhésions se multiplièrent. On vit coexister de vieux radicaux et de jeunes technocrates ou managers. On a pu parler du "mariage du cassoulet et de l'ordinateur".

Le contexte institutionnel était alors très différent de celui qu'avait connu Pierre Mendès France. Au système multipolaire de la IVe République avait succédé le système bipolaire de la Ve. La voie de l'autonomie était très difficile pour un radicalisme situé au centre de l'échiquier politique. Refusant l'alliance communiste prôné par le PS de François Mitterrand, Jean-Jacques Servan Schreiber chercha l'alliance des centristes. Ce fut l'éclatement du parti en octobre 1972. Le MRG naquit en janvier 1973, présidé par Robert Fabre, et comprenant en son sein la plupart des parlementaires radicaux et des élus du sud-ouest. Le MRG devint la troisième composante de l'union de la gauche.

***

Le mot "radical" apparaît pour la première fois en France en octobre 1819 dans le journal Le Conservateur qui associe dans un commun mépris "les songe-creux, les idéologues, les réformateurs, les radicaux, les illusionnistes". Sous la Monarchie de Juillet, ce terme devient d'un emploi plus courant dans le vocabulaire politique. Puis au fil des années, il évolue passant de l'extrémisme au juste milieu.

La création, il y a 100 ans, du parti radical, le plus vieux parti de France, est l’aboutissement d’un processus de structuration de ce courant politique. Elle est également étroitement liée à la vie des groupes parlementaires " radicaux " au sein de la Chambre des députés et du Sénat, groupes qui avaient été créés quelques années plus tôt.

Les débuts du radicalisme (1830 – 1870)

Émergence d'un courant radical

Sous la Restauration, le courant radical se confond avec le parti républicain, mais à partir de 1830, il se précise et s'affirme : sa principale revendication porte sur le suffrage universel. Garnier-Pagès, élu député de l'Isère en 1831 est considéré comme le premier parlementaire radical français. Battu en 1834, il est réélu dans la Sarthe en 1835. A la Chambre, il regroupe autour de lui de jeunes députés : parmi eux, François Arago qui prononce en mai 1840 un discours demandant l'établissement du suffrage universel et proclamant la nécessité "d'organiser le travail". L'association de ces deux thèmes constitue une nouveauté et une évolution de la pensée radicale.

A la mort de Garnier-Pagès le 26 juin 1841, un jeune avocat, Ledru-Rollin, lui succède. Sa profession de foi publiée dans "Le Courrier de la Sarthe" lui vaut des poursuites judiciaires et de ce fait, lui assure une large publicité. La Révolution de 1848 offre aux radicaux leur première expérience gouvernementale: Ledru-Rollin est nommé ministre de l'intérieur, Hippolyte Carnot, ministre de l'instruction publique et Victor Schoelcher, secrétaire d'État à la marine.

Gambetta

Le coup d'État du 2 décembre 1851 réduit au silence les radicaux. Mais, à partir de 1860, émerge une nouvelle génération sous le patronage moral de Jules Simon. Peu après, un nouveau chef de file s'impose: Gambetta. En 1869, il publie son programme électoral, inspiré des cahiers de doléances de 1789, sous le titre Le cahier de mes électeurs, plus connu sous le nom de Programme de Belleville. Les points essentiels traitent de la défense du suffrage universel, du développement des libertés dans tous les domaines - presse, réunion, association, religion - et de l'obligation d'une instruction primaire, publique, laïque et gratuite. En 1870, avec Jules Favre, Gambetta proclame la République. Nommé ministre de l'Intérieur dans le gouvernement de Défense nationale, il incarne aux yeux des Français l'esprit de résistance.

En 1871, 70 députés radicaux sont élus, dont Gambetta, qui prononce le 26 septembre 1872 à Grenoble un discours annonçant l'apparition dans la vie politique française "d'une couche sociale nouvelle". Pour les conservateurs, ces propos sont scandaleux, ils y voient un appel à l'agitation et à la subversion. Ils demandent au Gouvernement "de combattre l'audace croissante du radicalisme". A la même époque, une élection partielle à Paris voit la victoire du candidat radical, Barodet, sur le ministre des affaires étrangères, Charles de Rémusat. En conséquence de ces deux événements: Thiers, taxé de faiblesse par la majorité monarchiste, doit quitter le pouvoir.

Le temps des divisions

Les républicains remportent les premières élections de 1876 avec 295 sièges dont 80 pour les radicaux. L'attitude modérée de Gambetta suscite des critiques dans son propre groupe et certains cherchent à s'en démarquer. Deux tendances se font jour : les "radicaux", intransigeants, avec Louis Blanc et Clemenceau et les "opportunistes" avec Gambetta, prêts à accepter des responsabilités gouvernementales et qui, peu après, forment l'Union républicaine. Un terme temporaire va être mis à cet éparpillement des forces par la crise du 16 mai 1877. Républicains et radicaux, soucieux de défendre les droits du Parlement, vont signer ensemble le manifeste des 363 contre le cabinet de Broglie.

Mais l'opposition entre opportunistes et radicaux resurgit et s'accentue : Clemenceau exige des réformes immédiates et accuse les opportunistes d'immobilisme. Le 21 octobre 1880, reprenant le Programme de Belleville, il prononce un discours important à Marseille : il réclame la séparation de l'Église et de l'État, la confiscation des biens des congrégations, la suppression du Sénat, l'élection des magistrats, l'autonomie municipale, l'impôt sur le revenu, la limitation de la durée légale de la journée de travail, la retraite des vieux travailleurs, la responsabilité des patrons en cas d'accident, le rétablissement du divorce et la reconnaissance du droit syndical.

Aux élections de 1881, l'Union républicaine de Gambetta triomphe, tandis que les députés radicaux se scindent en deux groupes : l'Extrême gauche radicale socialiste avec Louis Blanc, Barodet, Tony Révillon et Clemenceau et la Gauche radicale rassemblant ceux qui n'admettent pas la rupture et qui adhèrent également à l'Union républicaine de Gambetta, avec Charles Floquet, Allain-Targé, Henri Brisson.

Durant cette période, les radicaux votent avec la majorité républicaine les lois scolaires, la loi municipale, la loi sur le divorce et la loi reconnaissant l'existence des syndicats. En revanche, ils s'opposent violemment à la politique coloniale de Jules Ferry et contribuent à sa chute le 30 mars 1885. Ce dernier est remplacé par Brisson: c'est le premier gouvernement dirigé par un radical. Sa modération exaspère les intransigeants. "Du jour au lendemain, le radicalisme de Brisson fondit comme du beurre dans la poêle" (Rochefort).

Le temps des crises

Pendant deux années, en 1886 et 1887, le général Boulanger, nouveau ministre de la guerre du cabinet Freycinet, a le soutien des radicaux. Mais dès 1888, les aspects plébiscitaires de la campagne qui s'organise autour de lui et l'appui des royalistes et des bonapartistes conduisent les radicaux à la rupture. Malgré cela et malgré le rôle de Clemenceau à la Société des Droits de l'Homme et du Citoyen, très anti-boulangiste, Challemel-Lacour accuse, le 19 décembre 1888 au Sénat, le radicalisme d'avoir provoqué la crise boulangiste.

A la mort du général Boulanger, quelques personnalités radicales, discréditées ou abusées, disparaissent de la vie politique ; l'électorat radical connaît un net recul.

En 1891, Combes crée au Sénat le groupe de la "Gauche démocratique" réunissant radicaux et radicalisants. A la Chambre, Pelletan tente de former le groupe "Républicain radical-socialiste".

Le scandale de Panama pèse lourdement sur les élections de 1893. Brisson député radical, préside la commission d'enquête avec beaucoup d'impartialité. Un autre radical, Floquet, est obligé de quitter la vie politique et Clemenceau qui a suscité beaucoup de rancœur est battu dans le Var.

En 1895, le Président de la République appelle au pouvoir le radical Léon Bourgeois qui forme, le 1er novembre, un gouvernement à prédominance radicale. Son programme, limité en ce qui concerne les réformes sociales, ne suscite pas de réelle opposition ; il n'en est pas de même pour l'impôt sur le revenu et le cabinet Bourgeois tombe le 29 avril 1896.

Le redressement

Aux élections de 1898, les radicaux ont accru leur audience. Clemenceau qui fait sa rentrée politique est parmi les premiers à soutenir le capitaine Dreyfus. Devant les menaces nationalistes et l'anti-dreyfusisme violent de la presse catholique, les différentes tendances radicales s'unissent pour défendre la république et s'opposer au cléricalisme.

Un gouvernement de "défense et d'action républicaines" est formé en 1899 par Waldeck Rousseau; il comprend parmi ses membres deux radicaux (les ministres des travaux publics et de la marine). Les réformes sociales de ce nouveau gouvernement s'inscrivent dans le droit fil du programme radical.

LE CONGRES ET LA NAISSANCE DU PARTI REPUBLICAIN, RADICAL ET RADICAL-SOCIALISTE (1900-1902)

Le nouveau parti s'inspire du modèle anglais. De structure pyramidale, il va des comités communaux au comité exécutif siégeant à Paris. Sa vocation est de rassembler les formations éparses. Il est constitué à la base de petites associations et non pas d'individus adhérant isolément.

Mais est-ce bien le mot parti qui convient ? La Dépêche de Toulouse le qualifie de "groupement d'un certain nombre de personnes unies par une libre communauté de vues sur un certain nombre de points" ou "d'ensemble d’électeurs qui se groupent autour d'un programme".

Quelle que soit la dénomination adoptée, les élus radicaux viennent essentiellement de régions qui ont en commun une certaine indifférence religieuse : le Bassin Parisien au sens large du terme, le Bas-Languedoc, la région alpine, le Centre, le Massif Central, le Centre-Est, le Vaucluse et la Drôme, la Charente-Inférieure, le Lot, le Gers, les Hautes-Pyrénées, l'Ariège et la région de Toulouse.

Les critiques sur ce congrès sont nombreuses: "On a bien parlé, on a bien écrit au congrès radical, il ne reste plus qu'a bien faire", écrit Clemenceau, et Le Temps de renchérir: "Des discours ! Ce furent tous les travaux de cette assemblée à grandes prétentions".

Mais aux élections de 1902, les radicaux triomphent.

LA FONDATION DE LA GAUCHE DEMOCRATIQUE AU SENAT

Jusqu’au début du XXe siècle, les groupes n’avaient aucune existence réglementaire. Certes, les parlementaires étaient libres de se réunir pour préparer les débats, mais les orientations ou directives des partis ou groupements ne pouvaient pas être invoquées en séance et les règlements ne leur reconnaissaient aucun rôle ni fonction dans l’organisation du travail parlementaire. Les groupes ont fait l’objet d’une reconnaissance en 1910 à la Chambre des députés et en 1921 au Sénat par le rôle qui leur a été imparti dans la désignation des membres des commissions permanentes. Aujourd’hui ils sont devenus des acteurs essentiels de l’organisation des assemblées et du débat parlementaire.

Dès 1885 chaque année est publiée la " Liste des membres des trois groupes de la gauche du Sénat ". Il s’agit du Centre gauche, de la Gauche républicaine, et de l’Union républicaine. Dans l’édition d’avril 1892 on voit apparaître la Gauche démocratique.

LA FONDATION DE LA GAUCHE DéMOCRATIQUE AU SéNAT

C’est en effet le 26 octobre 1891 que prend naissance le groupe de la Gauche démocratique lors d’une réunion à laquelle participent une quarantaine de sénateurs. A l’issue de cette réunion, tenue à l’instigation d’Emile Combes, Arthur Ranc, nouveau sénateur de la Seine, est élu président. C’est lui qui, lors de cette réunion, fixe les frontières et l’esprit de la Gauche démocratique. La création du groupe sénatorial de la Gauche démocratique s’inscrit dans les efforts de structuration du parti radical, qui marquent les dernières années du XIXe siècle et qui déboucheront en 1901 sur l’acte de baptême officiel du parti républicain, radical et radical-socialiste.

En 1892, le Centre gauche compte 32 membres, la Gauche républicaine 130, l’Union républicaine 87 et la Gauche démocratique 40. Après des débuts modestes, les progrès de la Gauche démocratique - devenue vers 1908 groupe de la Gauche démocratique radicale et radicale socialiste - furent rapides et elle devient la formation majoritaire au Sénat.

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