LE MONDE | 09.01.03


Comment mieux parler aux ados ?


"L'Hebdo - Le Monde des ados" veut engager le dialogue avec les jeunes sur un mode plus interactif. Les lecteurs peuvent intervenir dans toutes les rubriques.

Françoise Dolto les comparait à des homards : durs en apparence, mais tendres et vulnérables sous leur carapace. Les adolescents d'aujourd'hui sont un groupe à part – ni enfants ni adultes mais "ados" –, avec une mode, des sports, une culture à eux, et même une langue à l'envers. Ils ont aussi leur presse, bien sûr. Dernier né, L'Hebdo - Le Monde des ados, un magazine pour les 11-15 ans.

Il prend en réalité la suite de L'Hebdo des juniors, édité par Fleurus Presse, mais avec un nouveau titre, une nouvelle formule et du sang créatif tout neuf. Lancé sous le double parrainage de Télérama et du Monde, il est l'un des premiers fruits de la prise de participation du Monde dans le capital des Publications de la Vie catholique (PVC), la holding qui chapeaute en particulier La Vie, Télérama, les revues de Fleurus Presse ou la maison d'édition Desclée de Brouwer. Moderne et vitaminée, la nouvelle maquette est due à Nathalie Baylaucq, qui avait signé la nouvelle formule du Monde en 1995 et sa rénovation en 2002.

"En quoi allez-vous vous transformer ? Pas en journal pour adolescents crétins, j'espère !", s'inquiétait Noémie, fidèle de l'ancien hebdo. Qu'elle se rassure : le journal a visiblement fait deux paris. Le premier est d'informer, de donner du sens, d'une façon claire et exigeante. Ainsi ce premier numéro, explique-t-il, schéma et carte à l'appui, les étapes du clonage humain, l'itinéraire des nappes de fioul depuis le naufrage du Prestige ou encore les risques possibles du téléphone portable sur la santé. Le journal s'est également faufilé dans le studio d'enregistrement du film de Luc Besson, Taxi 3, pour raconter comment on enregistre une bande originale. Et, dernier Scorsese oblige, il n'oublie pas non plus de faire rêver sur l'inévitable Leonardo (DiCaprio), qui avait juste l'âge des lecteurs de L'Hebdo lorsqu'il signa son premier contrat, à 14 ans, pour la télévision américaine.

ACCOMPAGNEMENT DES JEUNES

Deuxième pari, celui de l'interactivité. "L'Hebdo est aussi un journal qui vous écoute", écrit dans son édito le rédacteur en chef, Gérard Dhôtel. Les titres des rubriques sont éloquents : "Vous le dites", "On en parle", "C'est perso". Outre les quatre pages de courrier, les lecteurs interviennent dans toutes les séquences. Qu'il s'agisse du témoignage d'un collège de l'Eure sur son Club citoyenneté, de la prof d'histoire-géo qui terrorise la classe ou du parent qu'on ne supporte plus, tout est fait pour conduire à une discussion indirecte, à une lecture partagée. On écrit, on téléphone, on envoie ses critiques, ses suggestions, ses coups de cœur ou de gueule et on sort avec l'idée que l'on n'est pas seul face aux questions de la vie. A cet âge, ce lien avec "son" journal est important, surtout si l'on n'a pas toujours derrière soi un adulte disponible pour vous écouter.

Il faudrait aussi parler des pages télévision, jeux, pratiques... Mais c'est sans doute dans la conjugaison de deux grands objectifs – donner à comprendre le monde et à se comprendre soi-même – que se situe l'originalité de L'Hebdo - Le Monde des ados. En cela, il est assez symptomatique d'une évolution de la presse enfantine. A l'heure où les outils d'appropriation du savoir (livre, télé, multimédia, Internet) sont de plus en plus en plus accessibles, la fonction du magazine se situe autant du côté de l'information rigoureuse que de l'accompagnement des jeunes. Fleurus Presse l'a bien senti. Éditeur pour enfants depuis 1929, le groupe propose aujourd'hui huit publications pour les 0-15 ans, avec une diffusion globale de plus de 400 000 exemplaires. Fort de ses nouvelles alliances, Fleurus ne cache pas son désir de prendre une place de premier plan. Avec un objectif de diffusion de 70 000 exemplaires en 2004, L'Hebdo - Le Monde des ados souhaite même s'installer comme leader de la presse hebdomadaire d'actualité pour les jeunes.

Florence Noiville

1,80 € . 129, boulevard Malesherbes, 75017 Paris ; tél. : 01 56 79 87.

• ARTICLE PARU DANS L'ÉDITION DU 10.01.03