dimanche 18 mai 2003, 15h47
Le "front du refus" ne désarme pas face à Raffarin
PARIS (Reuters) - Le "front du refus" contre les réformes du gouvernement en matière d'éducation et de retraites ne désarme pas, avant le temps fort de la manifestation nationale, dimanche prochain à Paris.
Interrogé dans le Journal du Dimanche, le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin a affirmé qu'"il n'y a pas au gouvernement d'inquiétudes devant les nouvelles manifestations qui s'annoncent". Mais, a-t-il ajouté, "je ressens toutefois le trouble qui règne dans l'Education nationale".
Lundi, les enseignants constitueront le gros des troupes de la fonction publique, appelée à se mobiliser par les fédérations de fonctionnaires, hormis la CFDT et le CGC.
A l'Education nationale, ce sont en effet toutes les fédérations, y compris le SGEN-CFDT, qui appellent à faire grève.
Les enseignants protestent contre les mesures de transfert décidées dans le cadre de la décentralisation, la suppression des emplois-jeunes et de postes de surveillants et les restrictions budgétaires. Est venue s'ajouter à ce malaise la contestation contre la réforme des retraites.
Les cinq fédérations de l'Education, où la mobilisation s'amplifie depuis avril, se sont réunies vendredi pour faire le point sur la radicalisation spontanée du mouvement, qui s'accompagne depuis plusieurs jours de manifestations locales.
Des épreuves du BTS ont ainsi dû être annulées ou reportées dans le Var, les Hautes-Pyrénées et à La Réunion.
"On a franchi un cap" dans la colère du monde éducatif, a remarqué l'Unsa-Education, "il y a une cristallisation d'inquiétudes cumulées et tout semble se nouer ces jours-ci".
Le Snes a jugé que le ministre de l'Education, Luc Ferry, semblait "sourd et aveugle à un mouvement pourtant sans précédent dans l'éducation".
Dans les colonnes du JDD, Jean-Pierre Raffarin en a appelé "au sens des responsabilités des enseignants qui seraient tentés de faire la grève des examens". "Une telle stratégie jusqu'au-boutiste se retournerait contre eux. Les parents d'élèves commencent d'ailleurs à exprimer leur exaspération".
Le ministre délégué à l'Enseignement scolaire, Xavier Darcos, qui sera aux côtés du ministre de l'Education, Luc Ferry, le 27 mai pour le premier comité interministériel sur "le métier d'enseignant", a pour sa part menacé les grévistes de sanctions en cas de blocage des examens.
"C'est intolérable et ce ne sera pas toléré (...) Les grèves et les actions syndicales sont un droit mais nous n'hésiterons pas à sanctionner des actes inacceptables", a-t-il dit dans une interview au Parisien-Dimanche.
LE PS PROMET LE RETRAIT DE LA REFORME
Il a toutefois estimé qu'il faut maintenant "se mettre autour d'une table, négocier" avec les syndicats "pour sortir de ce face-à-face totalement infructueux".
La Fédération syndicale étudiante a annoncé qu'elle se joignait aux manifestations du 19 mai pour protester contre le projet de loi renforçant l'autonomie des universités.
Côté retraites, après avoir obtenu à l'arraché un accord minoritaire avec la CFDT et la CFE-CGC, le gouvernement a déclaré vendredi que les négociations étaient terminées.
Jean-François Copé, porte-parole du gouvernement, a souligné que le projet de loi était désormais "calé" et serait transmis sous sa forme actuelle au Parlement, "après adoption en conseil des ministres" le 28 mai.
Le ministre des Affaires sociales, François Fillon, continue de parier sur la division syndicale. Il a reçu vendredi après-midi le président de la CFTC, dont la direction hésite encore sur la position à adopter face à la réforme.
La CFTC, qui avait annoncé jeudi soir qu'elle participerait à la manifestation du 25 mai, a fait savoir vendredi matin qu'elle se réunirait lundi en bureau confédéral extraordinaire pour se prononcer. Elle a demandé à ses militants "d'attendre (...) avant de s'engager dans toute forme de mobilisation".
Force ouvrière, tout en maintenant le contact avec le gouvernement, s'est rallié à la manifestation du 25 mai, une initiative lancée dès le 3 avril par la CGT.
Le 25 mai "sera une nouvelle étape" et "c'est le gouvernement qui a la clé des événements", a jugé le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault.
La CGT "n'exclut aucune forme d'action" pour obtenir "une négociation qui assure un autre avenir à nos retraites", a-t-il souligné.
La FSU et l'Unsa, les deux principales organisations de la fonction publique, participeront aussi à la manifestation du 25 mai, ainsi que plusieurs fédérations de la CFDT, notamment celles des transports et des banques.
Une réunion interfédérale des cheminots a été organisée vendredi à Paris pour examiner la proposition de la CGT d'une grève reconductible à la SNCF.
La CGT avait proposé de lancer la grève à partir du 3 juin. L'interfédérale (CGT, CFDT, FO, CFTC, Sud-Rail, Unsa, FGAAC) a décidé de "mettre en débat" au sein de chaque fédération "le principe d'une grève reconductible après le 25 mai".
La rue a reçu dimanche le soutien du Parti socialiste.
"Ce que je sais, c'est que tout gouvernement, au-delà de 2007, aura à revenir sur le dossier des retraites, faute de financements, et ce que je sais aussi, c'est que, si nous sommes en situation d'agir - (...) je le dis nettement aujourd'hui et je prends date -, le plan Raffarin ne verra pas le jour et nous en négocierons un nouveau", a promis le premier secrétaire du PS, François Hollande, lors du congrès de Dijon.