jeudi 2 février 2006, 20h56

Caricatures du prophète Mahomet: la polémique s'amplifie en France

PARIS (AP) - La polémique sur les caricatures de Mahomet s'est poursuivie jeudi en France: plusieurs voix se sont élevées pour défendre la liberté d'expression jeudi au lendemain de la publication des dessins dans "France Soir", dont le directeur de la publication a été limogé par le propriétaire du journal.

Les caricatures, initialement parues le 30 septembre dans le journal danois "Jyllands-Posten", ont déclenché une vague d'indignation et de manifestations dans les pays musulmans. L'un de ces dessins montre le prophète coiffé d'un turban d'où émerge une bombe.

"Au secours, Voltaire! Ils sont devenus fous!", titrait jeudi "France Soir" en une. Le quotidien a justifié la publication de ces dessins la veille dans ses pages, en défendant le droit de "railler, critiquer ou moquer les uns et les autres"...

"L'islam interdit à ses fidèles toute représentation du prophète. Légitimement, des musulmans ont pu se sentir heurtés dans leurs convictions", reconnaît le quotidien dans un éditorial. Mais "imagine-t-on une société où l'on additionnerait les interdits des différents cultes? Que resterait-il de la liberté de penser?", poursuit l'éditorialiste en assurant que "France Soir" n'avait ni voulu "jeter de l'huile sur le feu", ni "se faire un coup de pub".

Dans une motion votée jeudi à l'unanimité, les salariés du quotidien ont marqué leur opposition "au limogeage arbitraire et infondé de Jacques Lefranc", leur directeur de la publication, renvoyé mercredi soir par le propriétaire du journal Raymond Lakah. Considérant que le propriétaire du journal n'a pas à "interférer" dans son contenu, "le personnel de France-Soir exige le maintien de Jacques Lefranc".

Le Syndicat national des journalistes (SNJ, majoritaire dans la profession) a rappelé de son côté que "la caricature ressort de la liberté d'expression". "Ce ne sont pas des religieux parfaitement respectables, et encore moins des ultras, qui dicteront aux journalistes ce qu'ils doivent écrire", affirme le syndicat dans un communiqué diffusé jeudi.

Reporters sans frontières, par ailleurs, a appelé "au calme et au dialogue", notant que "rien ne saurait justifier des appels à la violence ni quelques menaces que ce soit". De son côté, la Ligue des droits de l'homme (LDH) rappelle que "la liberté de la presse, en l'espèce la liberté du dessinateur de presse, ne peut dépendre de tel ou tel interdit religieux".

Mercredi, le Conseil français du culte musulman s'était insurgé contre la "provocation" que constitue à ses yeux la publication de ces caricatures. L'ambassadeur du Danemark en France, Niels Egelund, a rencontré jeudi matin le président du CFCM, faisant appel à "la compréhension entre cultures et religions". M. Boubakeur a salué pour sa part une démarche "d'apaisement". Le recteur de la mosquée de Paris a rappelé que "le prophète de l'islam n'a pas fondé une religion terroriste, au contraire".

Le grand rabbin de France de France Joseph Sitruk a de son côté déclaré "partager" la colère du monde musulman. "On ne gagne rien à rabaisser les religions, à les humilier et à en faire des caricatures, a-t-il dit jeudi à l'issue d'un entretien avec le Premier ministre Dominique de Villepin.

Mercredi, le ministère français des Affaires étrangères avait condamné "tout ce qui blesse les individus dans leurs croyances ou leurs convictions religieuses". Nicolas Sarkozy a de son côté dit préférer "l'excès de caricature à l'excès de censure".

"La démocratie, c'est la possibilité de la critique (...) et ça ce n'est pas négociable", a lancé jeudi sur LCI le ministre de l'Intérieur. "Autant que faire se peut il faut éviter de blesser les convictions et les personnes" mais "je préfère qu'on prenne le risque de blesser que le risque de la censure", a ajouté le ministre des Cultes.

Le Parti socialiste a pour sa part souligné que "la liberté d'expression, la liberté de la presse sont des garanties de notre propre liberté et de la démocratie".

A la une du "Monde" jeudi, le dessinateur Plantu résumait la polémique avec dessin représentant un portrait du prophète, constitué de la phrase "je ne dois pas dessiner Mahomet", répétée à l'infini...