Forte mobilisation des enseignants avant les manifestations de lundi
PARIS (AFP) - L'irritation des enseignants, résolus à exprimer à nouveau massivement leur mécontentement lundi, n'a pas été atténuée par la compassion de leur ministre Luc Ferry qui s'est dit vendredi après-midi "parfaitement conscient" de leur "profond désarroi".
Les professeurs apparaissent déterminés à étendre leur mouvement, de la maternelle à la fac, sans attendre la tenue le 27 mai, de nouveau sous l'autorité du Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, d'un Comité interministériel sur "le métier d'enseignant".Si le doute sur la durée d'une action faisant peser de lourdes menaces sur la tenue des examens subsiste, les "profs", déjà massivement représentés dans les manifestations pour la défense des retraites, entendent multiplier les avertissements à l'intention du gouvernement critiqué pour l'ensemble des réformes qui touchent l'éducation.
Une opération-escargot a été menée samedi matin sur la nationale reliant Poitiers à Châtellerault, à l'appel de la FSU. Les manifestants devaient ensuite pique-niquer devant la résidence du Premier ministre à Chasseneuil-du-Poitou (Vienne).Les préoccupations des enseignants sur les trois chantiers lancés simultanément par le gouvernement (problèmes budgétaires et statutaires, décentralisation, réforme des retraites) semblent partagés par une majorité de Français. Delon un sondage Louis Harris-AOL-Libération à paraître lundi, la réforme de l'Education nationale recueille 54 % d'opinions défavorables (33,4 % favorables).
Le mouvement est amplifié par la grogne dans les universités. L'intersyndicale de l'enseignement supérieur a appelé à la grève pour lundi, jour où le projet de loi sur l'autonomie de l'enseignement supérieur doit être présenté devant le Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche (Cneser).
Une assemblée générale d'enseignants, de personnels non enseignants et d'étudiants de l'université de Perpignan a déjà voté une grève qui devrait empêcher lundi l'ouverture de la session d'examens pour les quelque 7.000 étudiants.
Le SNUIpp-FSU, principal syndicat des instituteurs et professeurs des écoles estime que le taux de grévistes dans les écoles primaires et maternelles sera compris entre 70 et 75 %. Les sections locales du syndicat ont lancé mardi soir des appels à la grève reconductible dans 57 départements.
Les enseignants des Alpes-Maritimes, où deux épreuves de BTS n'avaient pu se tenir jeudi, prendront part, tous syndicats confondus, à la manifestation à Nice, et se prononceront ensuite sur la poursuite de la grève. A Montpellier, les syndicats appellent à manifester et dans l'académie d'Aix-Marseille, plusieurs syndicalistes prévoient aussi une forte mobilisation.
Dans l'académie de Lille, le pourcentage de grévistes devrait, "en principe monter un peu partout dans la semaine", selon le secrétaire adjoint de la section syndicale du SNES au lycée Condorcet de Lens (Pas-de-Calais) Georges Gastaud.
Dans le Bas-Rhin, où "le mouvement se développe avec un peu de retard par rapport aux autres académies", note Jean-Claude Meyer, secrétaire adjoint FSU du Bas-Rhin, SNUipp et FSU appellent également à manifester puis à l'organisation d'assemblées générales.
En Ille-et-Vilaine, un barrage filtrant - avec distribution de tracts - était prévu samedi dans l'après-midi au barrage de la Rance, entre Saint-Malo et Dinard par des enseignants porteurs de badges "grévistes" au travail.
La mobilisation demeurait forte en Haute-Normandie avec de nombreuses grèves reconductibles dans les établissements de Rouen et du Havre.