Avec le CPE, 67% des Français craignent que le CDI ne soit plus la règle, selon un sondage

PARIS (AP, 25/01/06, 16h34) -- Près de sept Français sur dix (67%) craignent que le contrat première embauche (CPE) ne mette fin à la règle du contrat à durée indéterminée, selon un sondage CSA paraissant jeudi dans "L'Humanité".
Si 75% des personnes interrogées reconnaissent que le CPE va permettre aux jeunes de moins de 26 ans qui connaissent des difficultés d'avoir une première expérience professionnelle, elles sont également 67% à estimer qu'il "risque de faire en sorte que les contrats à durée indéterminée ne soient plus la règle en France". De même, 64% jugent qu'il "risque d'accroître la précarité du travail".
Enfin, un sondé sur deux juge que le CPE va permettre de réduire le chômage des jeunes en France. Ce contrat est similaire au contrat nouvelles embauches (CNE) qui permet à un employeur de licencier un salarié sans justification durant une période de deux ans. Il est réservé aux moins de 26 ans.
Chez les moins de 30 ans interrogés, 70% craignent que le CDI ne soit plus la règle avec le contrat première embauche. Ils sont 68% à estimer qu'il risque d'accroître la précarité du travail, mais 59% des jeunes sondés considèrent qu'il pourrait réduire le taux de chômage chez les jeunes.
- sondage réalisé par téléphone les 17 et 18 janvier auprès d'un échantillon national de 960 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas.

 
 
Une majorité de Français défiants (Les Echos, 7 février 2006)
Pour 60 % des personnes sondées pour le baromètre mensuel BVA pour BFM, « Les Echos » et Akerys, le CPE entraînera plus de précarité pour les jeunes.

Le contrat première embauche (CPE) inquiète et la cote de popularité de la politique économique du gouvernement s'en ressent. Telles sont les principales conclusions du baromètre mensuel BVA pour BFM, « Les Echos » et Akerys (1). Dominique de Villepin, qui a consacré beaucoup d'énergie ces derniers jours à défendre le CPE, le qualifiant de « contrat antiprécarité », n'a, à en croire notre sondage, pas convaincu : 60 % des personnes interrogées jugent qu'avec ce contrat il y aura « plus de jeunes en situation précaire ». Chez les 15-24 ans, directement concernés, la proportion est encore plus importante : 64 %. Cette défiance est partagée majoritairement par toutes les catégories socio-démographiques, à l'exception des personnes âgées et des sympathisants de droite (dont 59 % estiment qu'il réduira la précarité). Même chez les personnes appartenant à des catégories favorisées, l'accueil est mitigé : une petite moitié des cadres supérieurs (49 %) assimile le CPE à plus de précarité (contre 44 % qui pensent le contraire) et même les petits patrons se partagent quasi équitablement (48 % contre 47 %) entre ces deux opinions. « Dominique de Villepin a continué de braquer les catégories populaires sans parvenir à séduire réellement celles qui auraient pu soutenir le CPE. Cela a une incidence directe sur la perception de sa politique économique », analyse Gaël Sliman, directeur adjoint de BVA Opinion.


Désir d'intervention publique
Avec seulement 30 % de bonnes opinions, la politique économique du gouvernement reste très impopulaire, malgré les bons chiffres du chômage. « La nouveauté est qu'elle est réprouvée à présent presque autant par les plus riches que par les plus pauvres », note Gaël Sliman. Comme le mois dernier, les employés, les ouvriers (71 %) et les plus modestes (70 %) sont les plus critiques, mais les bonnes opinions chutent aussi chez les petits patrons (-11 points), ainsi que chez les cadres et les plus aisés (-7 points).

De tels résultats pourraient réjouir l'opposition, qui rêve de faire reculer le gouvernement sur le CPE. La proportion de Français qui jugent « justifiée » la manifestation d'aujourd'hui (67 %) est importante, mais n'atteint pas le niveau de soutien recueilli en octobre (72 %) par la manifestation pour l'emploi et le pouvoir d'achat. Et tous ces résultats sont à relativiser. « Il est fréquent d'observer des niveaux de soutien largement supérieurs à 70 % et ces indicateurs ne présagent nullement du succès des mobilisations », prévient Gaël Sliman.

 

Interrogés sur l'OPA de Mittal Steel sur Arcelor, 50 % des Français (contre 30 %) jugent que le gouvernement devrait « s'opposer à ce rachat ». Le désir d'intervention publique augmente lorsqu'on soumet aux sondés des arguments pouvant la justifier. Là encore, l'objectif social l'emporte : 84 % des sondés jugeraient une intervention légitime « pour que les droits des salariés d'Arcelor soient garantis », 82 % « pour qu'aucun des salariés français ne soit licencié ». Ils sont encore 81 % à vouloir que « les lois et usages en matière de rachat d'entreprise soient respectés ». Les Français se révèlent un peu moins sensibles à la thématique du « patriotisme économique », même s'ils sont 73 % à juger qu'une entreprise française doit être défendue contre une entreprise étrangère.

ELSA FREYSSENET

 

(1) Sondage réalisé par téléphone du 3 au 4 février 2006 auprès d'un échantillon de 1.005 personnes, représentatif de la population âgée de 15 ans et plus (méthode des quotas).