Premier succès dans la rue pour le front anti-CPE,
par
Jean-Marie Godard
![]()
AP | 07.02.06 | 19:18
![]()
PARIS (AP) -- Pas un raz-de-marée mais une première mobilisation très
encourageante. Tel est le bilan que les confédérations syndicales et les
mouvements de jeunesse tirent des manifestations organisées partout en France
mardi pour exiger le retrait du contrat première embauche, actuellement débattu
à l'Assemblée nationale.
La CGT avait comptabilisé 400.000 manifestants dans toute la France mardi à
18h, et le ministère de l'Intérieur devait fournir un chiffre dans la soirée.
Mardi en fin de journée, les syndicats annonçaient qu'ils n'en resteraient pas
là et le collectif regroupant tous les mouvements de jeunesse à l'origine des
défilés a déjà prévu de se réunir mercredi soir au siège de la CGT près
de Paris pour décider des suites avec, sans doute, une nouvelle date de
mobilisation nationale.
La CGT, la CFDT, la CFTC, FO, l'UNSA, la FSU, ainsi que la quasi totalité des
organisations de jeunesse dont les principaux syndicats lycéens et étudiants
(UNL, FIDL et UNEF) étaient à l'origine des manifestations de mardi, avec le
soutien de l'ensemble des partis de gauche.
A Paris, la manifestation a rassemblée 13.000 personnes selon la police, 45.000
selon la CGT et les syndicats de lycéens et d'étudiants. Les deux tiers du
cortège étaient composés de jeunes.
Il s'agissait d'un des défilés les plus importants de la journée alors que la
capitale et les deux académies d'Ile-de-France (Créteil et Versailles) sont en
pleine période de vacances d'hiver, tout comme Bordeaux où la police a tout de
même dénombré 8.000 manifestants, 15.000 selon les organisateurs.
A Marseille, le cortège a rassemblé entre 5.000 et 30.000 personnes selon les
sources, avec un défilé ouvert par 1.500 étudiants marseillais et aixois. La
marche, comme d'ailleurs partout en France, était également ouverte par les
jeunes à Toulouse où le défilé a rassemblé 15.000 manifestants de sources
concordantes. Il y avait 8.000 protestataires à Rennes, également de sources
concordantes.
Ailleurs, la police a comptabilisé 8.000 manifestants à Lyon (15.000 selon les
organisateurs), 7.500 à Nantes (18.000 selon les organisateurs), 6.000 à
Grenoble (15.000 selon les syndicats), 5.000 à Brest, 5.000 à Clermont-Ferrand
(12.000 selon les organisateurs) où les forces de l'ordre ont distingué 2.000
jeunes participants, 4.000 dont 1.000 lycéens à Lille, 3.000 à Saint-Brieuc
et Lorient, 2.600 à Quimper et Nancy, 2.300 à Strasbourg et Metz, ou encore
2.100 à Tours (3.000 selon les syndicats).
A Paris, c'est un cortège haut en couleur, surplombé de ballons, qui a quitté
la place de la Bastille peu avant 14h30, avançant au rythme des nombreux
camions-sono des mouvements de jeunesse alternant slogans, et musiques diverses.
Des airs de Téléphone, Louise Attaque ou encore les sonorités rap et reggae
tenaient le haut du pavé.
"Nous ne serons pas une génération sacrifiée", "CPE: Contrat
Pour l'Esclavage", "Cocktail Pour Emeutes" ou encore
"Contrat Pour Entuber", pouvait-on lire sur les banderoles confectionnées
à l'aide de draps déchirés, peinturlurés au marqueur ou à la bombe.
Dans le carré de tête, on remarquait la présence du secrétaire général de
la CGT Bernard Thibault, de celui de la CFDT François Chérèque, de FO
Jean-Claude Mailly, de la FSU Gérard Aschieri, de l'UNSA Alain Olive ou encore
le président de la CFTC Jacques Voisin.
"Lorsque j'ai entendu le Premier ministre dire que le CPE était le projet
le plus social jamais proposé aux jeunes, je me suis demandé ce qu'il avait
fumé avant de déclarer ça", a ironisé M. Mailly.
"La réalité, c'est que le gouvernement se trouve pris dans les
contraintes budgétaires, qu'il refuse de mettre en place une véritable
politique de l'emploi et qu'il cherche des marges de manoeuvres en misant sur la
flexibilité et la précarité du côté des jeunes", a-t-il ajouté.
Interrogés sur l'ampleur de la mobilisation, tous les porte-parole syndicaux se
sont montrés prudents, mais très confiants sur la suite. "Compte tenu des
difficultés à mobiliser -la précipitation gouvernementale, le recours à la
procédure d'urgence, alliées à la période des vacances scolaires- les
manifestations d'aujourd'hui nous permettent de dire que nous bénéficions
d'une assise suffisante pour envisager des suites".
"Ce n'est pas un raz-de-marée, mais un premier résultat encourageant. Ce
n'est pas une période évidente pour mobiliser, mais il y a quand même du
monde dans les cortèges et l'opinion publique est en train de se retourner. Si
le gouvernement affirme ce soir que la mobilisation est moyenne et qu'il a le
soutien de l'opinion, il se trompera lourdement", a prévenu de son côté
François Chérèque.
Et le président de l'Union nationale lycéenne (UNL) Karl Stoeckel d'enfoncer
le clou: "La mobilisation est quand même importante à Paris comme en
province. Et ce n'est qu'un avant-goût de la mobilisation générale de la
jeunesse qui doit obtenir le retrait du CPE".