Une
pétition pour redire haut et fort que nous voulons nous battre contre le
racisme et contre l'intégrisme. Contre tous les racismes (antiarabe, antijuif,
antifemme ou antihomosexuel) et tous les intégrismes.
Contre un nouvel obscurantisme
Par Caroline FOUREST et Corinne LEPAGE et Pierre CASSEN
Caroline Fourest essayiste et rédactrice en chef de la revue ProChoix, Corinne
Lepage ancienne ministre et présidente de CAP21 et Pierre Cassen les Amis de
Respublica.
(1)www.petitiononline.com/2104/petition.html
Citoyens à la fois opposés au racisme et à l'intégrisme, nous poussons un
cri. Depuis le 11 septembre 2001, le débat public semble avoir perdu tous ses
repères. Tandis qu'une droite populiste et raciste surfe sur la peur de l'autre
et de l'islam (en amalgamant Arabes avec musulmans, musulmans avec intégristes
et intégristes avec terroristes), une certaine gauche a abdiqué tout esprit
critique face à l'obscurantisme et traite d'«islamophobe» toute personne
ayant l'audace de dire non à l'islam politique réactionnaire. Même lorsque
cette résistance se fait au nom de l'attachement à la laïcité, à l'égalité
hommes-femmes, par refus de l'incitation à la haine sexiste, homophobe ou antisémite.
Il faut d'urgence sortir de ce double piège. Et redire, haut et fort, que nous
voulons nous battre à la fois contre le racisme et contre l'intégrisme. Tous
les racismes (antiarabe comme antijuif, comme antifemme ou antihomosexuel) et
tous les intégrismes (de toutes les religions).
Pour éviter que le 11 septembre ne sonne le glas de la laïcité, il faut
cesser de se taire face à l'offensive de l'islam intégriste. Elle gagne
partout du terrain. En Palestine et en Egypte, les Frères musulmans (matrice de
l'islam politique réactionnaire) viennent de remporter des succès électoraux
comme jamais. Ailleurs, ils se placent en médiateurs, voire en tuteurs des
communautés musulmanes sous prétexte de lutter contre le terrorisme. Comme en
Angleterre ou en France. Après avoir invité l'UOIF à s'asseoir à la table de
la République et du Conseil français du culte musulman, Nicolas Sarkozy ne
propose-t-il pas de modifier la loi de 1905 ? Dans le même temps, des députés
UMP, comme Eric Raoult ou Jean-Marc Roubaux, ne proposent-ils pas de réactiver
le délit de blasphème à la demande d'organisations musulmanes refusant le
droit à l'irrévérence et à la caricature ? Si ces deux piliers, la loi de
1905 et la liberté d'expression, tombaient ou du moins s'effritaient, avec
quelles armes pourrions-nous nous défendre face à cet obscurantisme qui a bien
le visage de nouveau totalitarisme ? Sur quoi pourrions-nous bâtir notre résistance
face à la montée de tous les fanatismes ?
Pour éviter un second 21 avril 2002, tout en menant ce combat contre l'intégrisme,
il faut aussi reprendre la lutte contre le racisme et l'extrême droite. Dire et
redire que le combat contre l'obscurantisme n'est pas un combat contre
l'immigration ou contre les croyants. Mais un combat républicain et laïque
devant unir tous les citoyens, quelle que soit leur origine, croyants, athées
ou agnostiques. Même si les médias ne veulent pas l'entendre et préfèrent
souvent donner la parole aux barbus ou aux filles voilées, ce combat est
remarquablement porté aujourd'hui par des citoyens de culture ou de confession
musulmanes (81 % sont attachés au principe de laïcité). En particulier, ceux
d'origine algérienne ou iranienne (10 % des chauffeurs de taxis parisiens sont
des Iraniens réfugiés en France). Ceux-là ont fui l'islamisme et connaissent,
mieux que personne, le prix à payer lorsque la religion fait la loi. Les
musulmans du monde entier, comme les habitants des quartiers populaires français,
sont les premières victimes de l'intégrisme. Nous refusons de laisser ces êtres
et ces quartiers être mis sous tutelle par des groupes religieux parce que
l'Etat se désengage du social.
De même que nous refusons de laisser croire que les émeutes de novembre
dernier ou les explosions de violence sont dues à l'«islamisation» de la
France. Les islamistes n'en ont pas été es inspirateurs, même s'ils ont essayé
d'apparaître auprès des pouvoirs publics comme des médiateurs pouvant se
substituer aux autorités de la République. Sans succès. Pour l'instant...
Qu'en sera-t-il lorsque le lien social et interculturel ne sera plus qu'un champ
de ruines, à cause des subventions qui n'arrivent pas aux associations
citoyennes, ou qui arrivent trop aux associations confessionnelles ? La colère,
la rage, la recherche du profit et de l'argent facile, sont bien à l'oeuvre
dans les quartiers défavorisés. Si «islamisation» il y a, elle est due
certes à la propagande des intégristes mais aussi au fait d'abandonner des
citoyens et des quartiers entiers à l'exclusion, à l'inégalité et à la
stigmatisation. En cela, les discours plein de haine et de raccourcis de
Jean-Marie Le Pen ou de Philippe de Villiers, ou encore celui de Nicolas Sarkozy
(qui dit dans son livre préférer l'espérance religieuse à l'espérance
sociale), ne peuvent que contribuer à grossir les rangs des islamistes. Nous
refusons de leur laisser le combat pour l'égalité, les libertés et la laïcité.
Les signataires de ce cri demandent donc à chaque formation qui postule aux
prochains suffrages de s'engager clairement à combattre sans concession à la
fois l'intégrisme que représente l'islam politique liberticide et le racisme.
Parmi les premiers signataires de la pétition (1) : Yvette Roudy (ancienne
ministre), Philippe Val (directeur de publication de Charlie Hebdo), Elisabeth
Badinter (philosophe), Fiammetta Venner (politologue et essayiste), Chahla
Chaffiq (sociologue et écrivaine), Juliette Minces (anthropologue), Bernard
Teper (président de l'Union des familles laïques), Loubna Méliane
(cofondatrice de Ni putes ni soumises), Ingrid Renaudin (cofondatrice de Ni
putes ni soumises), Dominique Sopo (président de SOS Racisme), Samia Labidi
(association d'Ailleurs ou d'ici mais ensemble), Ziad Goudjil (Histoires de mémoire),
Annie Sugier (présidente de la Ligue du droit international des femmes), Linda
Weil-Curiel (Commission pour l'abolition des mutilations sexuelles), Fatima
Lalem (sociologue et militante au MFPF), Françoise Keyser (Femmes contre les
intégrismes), Philippe Foussier (président du Comité Laïcité République),
Patrick Kessel (président d'honneur du Comité Laïcité République), Philippe
Namias (président de Laïcité écologie association), Bernard Frédérick (rédacteur
en chef de la revue FondationS), Lola Devolder (membre du comité éditorial de
ProChoix), Taos Aït Si Slimane (médiatrice scientifique à la Cité des
sciences), Michèle Vianès (responsable d'associations, féministe et laïque),
Nasser Ramdane (responsable à SOS Racisme), Alain Callès (ancien président du
Mrap), Emmanuelle Le Chevallier (membre du conseil d'administration du Mrap),
Nadia Kurys (membre du bureau exécutif national et de la présidence nationale
du Mrap), Arlette Zilberg (adjointe au maire du 20e arrondissement de Paris, élue
Verte), Hélène Zanier (conseillère municipale Les Verts), Arezki Metref
(journaliste et écrivain), Terna Hajji (citoyenne française), Françoise
Seligmann (présidente d'honneur de la LDH), René Pétillon (dessinateur),
Antoine Sfeir (directeur des Cahiers de l'Orient)...
Paru
dans Libération du 28 avril 2006