Le Livre CGT s’adresse aux lecteurs
et aux salariés de la presse quotidienne

Une fois n’est pas coutume, le Livre CGT s’adresse directement à vous dans les colonnes de votre journal habituel. Si vous lisez ces lignes, c’est que le responsable de la publication a accédé à la demande syndicale de les publier. Qu’il en soit remercié.

Il y a urgence. Seul média où le pluralisme se pose en acquis démocratique, la presse quotidienne nationale est à un carrefour de sa longue histoire. Ou bien elle fait naufrage dans les dogmes du marché présentés comme « impératifs catégoriques », et l’information devient un acteur de complément de la publicité. Ou bien elle rebondit vers de nouvelles conquêtes en développant son identité propre, à savoir sa capacité à traiter l’événement par la réflexion (à l’abri de l’émotion cultivée par la télé), sa faculté d’analyse, sa vocation à servir de support à l’échange d’opinions.

On ne peut dissocier la question de l’avenir de la presse et les problèmes professionnels et sociaux qui se posent à elle. Les suppressions d’emplois n’ont jamais fait gagner un lecteur, pas plus que la baisse des coûts de fabrication.

Un journal se vend bien si l’offre éditoriale satisfait les attentes du lecteur. La baisse du lectorat ne date pas d’hier. Quelles mesures ont été prises pour s’adresser à lui, le séduire, l’attirer ? Et il faudrait que l’addition de ce manque d’initiatives soit présentée aux seuls salariés de la presse ?

Défendre la presse, défendre l’emploi de tous  

Après de longs mois de négociations compliquées par de nombreux changements de dirigeants au sein des conseils d’administration des entreprises de presse, toutes les composantes du Livre parisien ont signé, le mardi 30 novembre 2004, un accord-cadre professionnel et social, dont les dispositions sont en vigueur dans les entreprises relevant de la presse quotidienne nationale depuis le 1er décembre 2004.

Par cet accord, tous les dirigeants des quotidiens nationaux, c’est-à-dire les éditeurs, se sont engagés à œuvrer à la pérennité des entreprises de presse, à garantir un avenir professionnel aux salariés et à développer l’offre éditoriale et l’investissement.

Le texte de cet accord définit les modalités de fonctionnement du paritarisme dans les domaines de la gestion de l’emploi, de la formation professionnelle et de la protection sociale. Reste à négocier la grille de qualifications et de salaires, ainsi que le dispositif d’accompagnement professionnel et social.

La lettre et l’esprit de l’accord portent une exigence qui s’impose à tous les éditeurs : retenir puis accroître la charge de travail. Les incertitudes qui pèsent sur les groupes de presse doivent être levées. Les concentrations sont toujours le prélude à des cessions ou, pis encore, à des arrêts de titres. La disparition de journaux entraîne la perte définitive du lectorat qui y était attaché, car l’expérience montre qu’il n’est jamais récupéré par d’autres.

Le Livre parisien, conforté dans sa résolution par l’engagement qu’il vient de prendre au nom de ses mandants, veillera à ce que rien ne sorte du périmètre de la presse quotidienne. L’accord, qui est tout sauf un protocole de dumping social, doit s’appliquer à tous les titres, qu’ils soient gratuits ou payants, d’informations ou hippiques. C’est là une des conditions du maintien d’une presse pluraliste, dans un environnement où le libéralisme tend à étouffer la concurrence.

Personne, parmi les salariés de la presse quotidienne, ne peut tolérer que, soudain, un budget colossal soit voté par l’Assemblée nationale (le 10 décembre) dans le but unique de liquider l’emploi de 2000 d’entre eux.

Si jamais le patronat et le gouvernement parvenaient à leurs fins, c’est l’emploi et le statut de toutes et tous qui seraient, immédiatement après, remis en cause. Une machine infernale se mettrait alors en route qui alignerait la presse sur la politique antisociale du gouvernement. Ce même gouvernement qui préconise la nécessité de faire travailler les salariés au-delà de 60 ans.

Les fonds publics doivent servir la presse, pas les suppressions d’emploi  

L’argent de l’État, c’est-à-dire celui des contribuables, les fonds d’aide à la presse, doivent servir en priorité à relancer les titres, reconquérir le lectorat, certainement pas à aider le patronat à éliminer des salariés à statut pour instituer la précarité !  

Le Comité intersyndical du Livre parisien (CILP) se déclare :

totalement opposés à un vaste plan d’élimination (avec des départs à 50 ans dans la presse quotidienne, selon les chiffres de l’Assemblée nationale), financé de surcroît par des fonds publics au nom de la « modernisation de la presse ».
 pour la promotion de la presse quotidienne, le développement et la revalorisation de tous les métiers qui concourent à sa fabrication jusqu’à sa distribution.

Le CILP fait sien l’appel à la mobilisation lancé par la Fédération des travailleurs du Livre, du papier et de la communication CGT à l’issue de sa conférence fédérale de la presse pour :

-  le pluralisme de la presse
-  l’emploi et les statuts
-  les nouvelles qualifications
-  les effectifs et la charge de travail

-  donc pour amener les éditeurs à de véritables négociations sur l’ensemble de ces thèmes et revendications, ce qui suppose que soit fixé, au plus vite, un calendrier de rencontres avec les groupes de presse concernés.