Antoine Peillon
Représentant syndical de la CGT au CE de Bayard
Presse
aux membres du Bureau national du
SNJ-CGT
Chères et chers camarades,
Je me permets de vous écrire, car je découvre,
aujourd'hui, une dépêche AFP datée du 25 novembre qui fait
état d'une "motion, émanant de secrétaires de rédaction, soutenue
par les syndicats SNJ, CFDT, CFTC, CGT et FO" et qui affirme
que "les journalistes de la presse quotidienne" refusent
"l'entrée de non-journalistes dans des fonctions de la rédaction".
Toujours selon l'AFP, cette motion soutenue
par les syndicats, dont la CGT, affirme que "les
journalistes de la presse quotidienne parisienne (???) refusent que
des tâches journalistiques soient effectuées par des non titulaires de la
carte professionnelle de journaliste" et que "des personnels à
statuts différents effectuent demain le même travail dans la presse
quotidienne".
Enfin, il semblerait que cette motion émanant de secrétaires de rédaction
(lesquels ?) demande "le retrait dans le projet concernant les ouvriers
et cadres techniques de tout ce qui relève de la convention collective des
journalistes" et n'exclut, selon la dépêche AFP, "aucune
forme d'action, en cas de fin de non-recevoir".
Vous comprendrez qu'une telle charge, qui
semble ouvertement tournée contre un "accord de refondation de la presse
entre le SPP (Syndicat de la Presse Parisienne) et les syndicats, notamment le
Livre CGT", ne peut que paraître surprenante pour tout adhérent et
militant de la CGT, et appelle donc quelques questions
auxquelles je vous demande de me répondre dès que possible.
En effet, en tant qu'adhérent et militant
fidèle du syndicat (représentant syndical CGT au CE de Bayard
Presse depuis 1999, cotisation complète payée chaque mois depuis le premier
jour de mon adhésion, participation assidue au Bureau national et au Comité
national de 1999 à 2004), je n'ai pas souvenir d'avoir été consulté,
voire seulement informé (courrier du Bureau national, article dans un de nos
deux périodiques syndicaux, mail circulaire, communiqué dans le site
internet du SNJ-CGT...), avant le lancement d'une "motion
soutenue par les syndicats" dont les conséquences peuvent être évidemment
si graves.
Pouvez-vous m'indiquer lors de quelle réunion
du Bureau national du syndicat, et dans quelles conditions, la
décision aurait été prise de "soutenir" la motion de certains
secrétaire de rédaction et d'engager ainsi tous les journalistes CGT dans
une opposition si absolue au résultat d'une longue négociation entre le SPP
et nos camarades du Livre CGT ? Le cahier de comte rendu, normalement
tenu lors de ces réunion de BN, doit porter toutes les informations utiles
pour répondre à ma question. A moins que la dépêche AFP ne soit
totalement fantaisiste (ça arrive...), je pense qu'il est nécessaire
d'expliquer à tous ses adhérents les raisons du "soutien" du
SNJ-CGT à une motion qui n'exclut "aucune forme d'action", ce qui représente
un engagement collectif particulièrement grave.
En attendant votre réponse, et dans l'hypothèse où
la dépêche AFP ne serait pas complètement fantaisiste, je me permets aussi
de vous faire part de ma réflexion quant à une démarche si éloignée
des valeurs et des pratiques du syndicalisme confédéré.
Cette motion, si elle est réellement soutenue par
le SNJ-CGT, sans que ce soutien ait été décidé démocratiquement, voire
statutairement, est une véritable déclaration de guerre à tous les
autres syndicats CGT agissant dans la presse, alors, que j'en suis témoin,
ceux-ci multiplient, depuis quelques années, dans de nombreuses entreprises
mais aussi au niveau national, les initiatives de dialogue, d'ouverture
et même de solidarité vis-à-vis de notre organisation.
La section unitaire CGT de Bayard Presse
(huit journalistes adhérents au SNJ-CGT, entre autres militants) a exprimé, lors
du dernier congrès de notre syndicat, le besoin qu'elle ressent
d'une coopération plus étroite entre les journalistes CGT et tous leurs
camarades du Livre CGT et du Spectacle CGT (cf. la motion en pièce
jointe). Cette position a eu le bonheur d'être fortement approuvée par bon
nombre de représentants d'autres sections, même si elle a cristallisé, chez
certains, la décision de m'éliminer par tous les moyens du Bureau national
et du Comité national du SNJ-CGT.
Cependant, le dernier congrès du SNJ-CGT a tout
de même décidé (récupérant le fond de la motion Bayard), de prendre
l'initiative d'un rapprochement volontaire avec le Livre et le
Spectacle...
Quels actes ont suivis cette belle décision
? Je ne vois que polémique, dénigrement,
et pour finir provocation, à l'encontre de camarades qui
font chaque jour la démonstration difficile de l'efficacité de leur
action syndicale, mais aussi d'un effort historique d'ouverture à toutes les
catégories de salariés travaillant à leurs côtés, y compris les
journalistes. Je proteste contre ce comportement ridiculement
corporatiste, presque raciste, qui nous mène tout droit à la marginalité
syndicale. Il est contraire aux valeurs les plus basiques de
la CGT et du syndicalisme confédéré en général.
Je suis certain que nous sommes nombreux,
parmi les journalistes CGT, à penser ainsi et à subir, contre notre volonté,
ces orientations syndicales fratricides qui ne produisent rien d'autre que
lassitude et mépris chez nos amis et camarades de la... CGT.
Antoine Peillon