POSE
D’UNE PLAQUE COMMEMORATIVE A L’OCCASION DU 110ème
ANNIVERSAIRE
DU CONGRES CONSTITUTIF DE
Limoges,
23 septembre 2005
Monsieur
le député-maire,
Mesdames,
messieurs,
Chers
amis, chers camarades,
Nous
sommes réunis aujourd’hui pour commémorer le 110ème anniversaire de la
tenue du Congrès constitutif de
Le
« 7ème congrès
national corporatif » de Limoges a été précédé par le Congrès national
des syndicats de France réuni à Nantes du 17 au 22 septembre 1894. Celui-ci était
composé essentiellement de délégués de
Il
reste que le pas décisif a été accompli à Limoges. C’est au cours des
trois séances du vendredi 27
septembre
que les délégués discutent et votent les statuts de « l’organisation
unitaire et collective qui prend pour titre : Confédération générale du
travail ». Limoges n’a pas usurpé son titre de berceau du syndicalisme français.
Le
mouvement ouvrier français se construit tout au long du XIXe siècle, en réaction
et en contrepoint de la révolution industrielle. En réaction parce qu’avec
une accélération brutale sous le second empire, la révolution industrielle
modifie profondément la situation économique du pays et la composition sociale
du monde du travail ; en contrepoint, parce que cette révolution
industrielle s’opère dans un cadre politique fortement marqué par
En
1791 en effet, dans la foulée de l’abolition des « corporations » destinée
à libérer le commerce et l’industrie, le citoyen LE CHAPELIER a fait voter
par l’Assemblée Constituante la loi interdisant toute forme d’association
ouvrière et patronale. La loi LE CHAPELIER aboutit non seulement à
l’interdiction des « coalitions », c’est-à-dire de toute réunion de
personnes en vue d’exercer une action commune, mais aussi à celle de toutes
les formes anciennes ou nouvelles de société d’entraide et de secours
mutuel. Une chape de plomb recouvre pendant plus de 70 ans les aspirations à
la solidarité collective, alors même que la révolution industrielle en
marche bouleverse les rapports sociaux et crée des situations de rupture
dramatiques pour des millions de prolétaires.
Le
propre commentaire de LE CHAPELIER sur sa loi est saisissant : pour lui, désormais,
« il n’y a plus que l’intérêt de l’individu et l’intérêt général
». Ainsi le mouvement qui, au nom de la liberté et de l’égalité de chaque
homme et de chaque citoyen, abolit les privilèges de la naissance et
l’absolutisme monarchique, accomplit ce projet à travers l’exaltation de
l’intérêt individuel et l’imposition légale de l’intérêt général.
Cette
utopie à la fois libérale et étatiste met en scène des individus
abstraits doués par la seule nature et une mécanique de la décision
rationnelle exprimée par la loi et mise en oeuvre par la fraction dite « la
plus éclairée » des « représentants » du peuple. Ce faisant, elle proscrit
par la loi toutes les relations à travers lesquelles se construisent les
individus réels dans l’espace social, elle tue dans l’œuf le tâtonnement
et le foisonnement des initiatives démocratiques sans lesquels ne peut réellement
émerger et évoluer le compromis politique de « l’intérêt général ».
Si
le mouvement ouvrier à ses débuts est la matrice du syndicalisme et de
Il
ne faut donc pas s’étonner que les premiers échanges vifs du congrès
constitutif de 1895 se font à propos de la motion, qui sera largement votée
et, qui stipule « les éléments constituants de
Pour
autant, notre référence aux révolutions françaises
est toujours vivante, le contenu libérateur
progressiste et universel de la devise républicaine continue à être au
cœur de notre conception des luttes sociales. Surtout c’est en mesurant
chaque jour combien l’esprit de combativité et l’exigence de l’unité du
monde du travail qui ont inspiré les congressistes de Limoges, sont toujours
les bonnes clés pour affronter les défis d’aujourd’hui, que nous
ressentons le lien profond qui nous unit à eux : plus de 100 ans de luttes
sociales ont fait la preuve de la validité de notre concept syndical, « s’unir
pour résister et, au-delà, s’unir pour
promouvoir le progrès social ».
Le
terme syndicat est formé de la juxtaposition de deux mots, l’un qui signifie
« avec » ou « ensemble » et l’autre « droit » ou « justice ». Au XVIème
siècle déjà, l’adjectif « syndical » désigne ce qui est
fait par une communauté, par opposition aux actions des particuliers, et «
faire syndicat », expression qui date de 1514, (excusez du peu, 1 an avant la
victoire de François 1er
à Marignan !) signifie s’associer pour la défense d’intérêts
communs. Dès 1697, on dénomme « chambre syndicale » un corps qui s’occupe
des affaires d’un groupe professionnel. Le « Syndicat » apparaît, vers
1840, comme association de défense des intérêts professionnels.
« Syndicalisme »
exprime donc la somme de tous ces concepts : représentation d’une collectivité
aux intérêts communs, dans un esprit de droit et en vue de la justice...
Notre
syndicat a pris le parti d’agir et non de subir, en tenant tête à
l’arbitraire patronal et à la raison d’Etat. Les valeurs
qui portent cette résistance, égalité, justice,
citoyenneté, et les comportements qui lui donnent corps, solidarité,
écoute et responsabilité démocratiques, sont les traits d’identité
de
En
résistant collectivement aux exigences de la rentabilité et aux contraintes de
la production, en revendiquant une répartition des richesses produites plus
favorable au travail, les salariés ont depuis plus d’un siècle établi des
lignes de défense, des pôles de résistance qui sont autant de bases d’appui
pour prendre pied sur l’avenir.
Nous
sommes lucides : aucune organisation ne peut avoir la prétention, actuellement,
de créer, seule, les conditions permettant de relever les défis qui se présentent
au monde du travail. Pour y parvenir il faut, dans
la vie quotidienne et à chaque niveau de l’activité syndicale locale,
nationale et internationale, rechercher le débat, accepter la contradiction.
Il faut susciter et encourager la confrontation des idées, la considérer comme
un mode normal des relations entre organisations, faire de l’unité syndicale
un bien commun et non une menace planant sur l’identité de chacun. L’unité
n’est pas un détour tactique, elle est la condition irremplaçable pour que
les salariés affirment toute leur place dans la société.
C’est
pourquoi
Il
n’y a pas dans l’immédiat de plus bel hommage à rendre à l’intelligence
et au courage des fondateurs de
Les
salariés, s’ils sont unis et décident de se mettre en mouvement, représentent
une force considérable.
Une
force bien plus forte qu’ils ne l’imaginent eux-mêmes.
A
nous de les aider à en prendre conscience.