vendredi 16 mai 2003, 20h28
Retraites: la position de la CFDT suscite des remous dans ses rangs
PARIS (AFP) - L'approbation par la direction de la CFDT du texte gouvernemental sur les retraites suscite des remous au sein de la centrale, certaines de ses organisations appelant à poursuivre la mobilisation contre la réforme présentée par M. Fillon.
"Compromis acceptable", a dit jeudi François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, donnant ainsi, au nom de son organisation, son accord sur les dernières propositions présentées par le ministre des Affaires sociales."Le compte n'y est pas", lui ont répondu en substance vendredi plusieurs de ses organisations, contestant le choix de la direction confédérale tant sur le fond que sur la forme.
"Nous sommes loin, très loin des exigences de la CFDT", commente René Defroment, secrétaire général de l'union régionale Auvergne, structure traditionnellement en opposition avec la ligne confédérale. Le texte gouvernemental est "loin de l'exigence d'une retraite à 100% du SMIC, loin de l'exigence de la garantie de la retraite à 60 ans à taux plein avec un haut niveau de remplacement", poursuit M. Defroment, dans un courrier à François Chérèque.
Pour Claude Debons, secrétaire général de la Fédération transports/équipement (fédération également contestataire): "Quand nous regardons le projet de texte dans son état actuel et que nous le comparons aux objectifs de la CFDT dans le démarrage des négociations et des mobilisations, on reste loin du compte".
Des critiques partagées par les unions départementales (UD) de Haute-Garonne, des Bouches-du-Rhône, des Hautes-Pyrénées, des Alpes-Maritimes, l'union régionale de Corse, certaines sections syndicales du Nord-Pas-de-Calais ou encore des structures professionnelles comme les syndicats CFDT de la météo, de la Banque de France, de l'Education nationale Basse-Normandie, du ministère de la Culture ou de France 3.
La plupart des organisations contestent également la méthode de la direction confédérale. "Nous aurions souhaité que l'on se donne quelques jours avant de répondre au gouvernement, pour que cela soit bien l'ensemble de la CFDT qui donne son aval, ou pas. Dans le signe CFDT, il y a quand même un D (pour démocratique, ndlr)", affirme Bernard Le Gall, secrétaire général de la branche équipement de la FGTE.
"Le bureau national CFDT, en donnant son accord dès le 15 mai au soir, sans aucune consultation des syndicats CFDT, a volontairement cassé une forte dynamique revendicative face à un projet de société rejeté par une majorité de salariés", renchérit l'UD Haute-Garonne.
Certains exigent la démission de François Chérèque, d'autres un référendum interne. Nombreuses sont en tout cas les organisations contestataires à appeler à la poursuite de la mobilisation le 19, voire le 25 mai.
C'est notamment le cas de la fédération des Banques qui, tout en ne critiquant pas ouvertement la ligne Chérèque, appelle à la manifestation du 25 mai, à laquelle doivent participer la CGT, FO, l'UNSA et la FSU.
"Je sais très bien qu'il y a dans la CFDT un certain nombre de militants qui se demandent pourquoi ça a été aussi vite, quelle a été la différence entre le texte du matin et celui du soir. (...) On va s'expliquer, on va se rencontrer, je ne crains pas la tension interne à la CFDT", a déclaré M. Chérèque vendredi soir.
"Il y a d'intenses discussions, cela fait partie de la vie démocratique d'une organisation. Il n'y a pas le feu dans la maison", avait de son côté indiqué le secrétaire général adjoint de la confédération, Jacky Bontems.