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Ce 7 février 2006, Charlie
Hebdo a convié toute la presse à sa rédaction parisienne. Des
forces de l’ordre, fait rare, surveillent l’entrée de
l’hebdomadaire satirique. A l’étage, le directeur Philippe Val dévoile
le numéro spécial qui va faire scandale: des pages reprenant les douze
caricatures de Mahomet publiées quatre mois plus tôt dans le journal
danois Jyllands-Posten, agrémentées de commentaires et de
dessins maison. Cabu, Luz et les autres petits génies du trait
satirique se sont prêtés au «jeu». En couverture, Cabu montre le
prophète s’exclamant: «C’est dur d’être aimé par des cons».
Avec ce titre: «Mahomet débordé par les intégristes». Au visiteur
interloqué, qui redoute les mauvaises interprétations et les
amalgames, Philippe Val répond en substance: «Un dessin ne peut être
dissocié de son titre.»
«Un dessin qui
participe au débat public»
Hier, le Tribunal
correctionnel de Paris lui a donné raison. Tout est affaire de «contexte»,
ont estimé les juges. En publiant ces dessins, en les commentant, Charlie
n’a «pas dépassé les limites admissibles de la liberté
d’expression». Le dessin danois, où l’on voit une bombe formant le
turban même du prophète, est certes «choquant, voire blessant». Pour
autant, il «participe du débat public d’intérêt général, né au
sujet des dérives des musulmans qui commettent des agissements
criminels en se revendiquant de cette religion, et en prétendant
qu’elle pourrait régir la sphère politique», pointent les juges.
Entre les murs épais du
Palais de justice de Paris, on avait du mal, hier à l’heure du café,
à reconnaître l’énorme affaire des caricatures de Mahomet, qui
avait défrayé la chronique pendant des mois en 2006. Pas de scandale.
Quelques applaudissements à l’arrivée de Philippe Val. Une vingtaine
de citoyens venus défendre la laïcité. De chaleureuses poignées de
main entre Me Francis Szpiner, défendant la Grande Mosquée de Paris,
et son confrère Georges Kiejman, conseil de Charlie.
L’affaire, au tribunal,
est devenue franco-française. Si l’Union des organisations islamiques
de France (UOIF, réputée traditionaliste) va faire appel, la Grande
Mosquée pourrait y renoncer. La décision des juges est «équilibrée»,
estime Me Szpiner. À l’audience, il y a un mois, la campagne électorale
avait même déboulé à l’improviste. Une lettre d’abord lue par Me
Kiejman: «Je préfère l’excès de caricature à l’absence de
caricature.» Signée Nicolas Sarkozy. Le même jour, le leader
socialiste François Hollande venait défendre à la barre la liberté
d’expression. Le lendemain s’exprimait un «croyant»: François
Bayrou. Le candidat centriste n’y voit pas d’offense lourde à l’égard
de la communauté musulmane. Et il ajoute, à propos de la couverture de
Cabu: «Il y a, dans ce dessin, une manière d’épargner le Prophète
et de diriger la flèche vers ceux qui, en dérivant, le trahissent.»
Charlie Hebdo,
l’ancien canard anarchisant du professeur Choron, a donc réussi à
faire de ce procès un combat pour ses nouvelles valeurs phares: la laïcité
et la liberté d’expression. Quitte à se faire bénir par Nicolas
Sarkozy. Fin d’un séisme? «La justice donne tort à ceux qui ont
cherché à semer la confusion, laissant croire que nous voulions délibérément
blesser les musulmans», déclare, soulagée, la journaliste de Charlie
Caroline Fourest.
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