Désirs d’avenir… et besoin d’ordre !
Pour la candidature de Ségolène Royal
« Dès
que cesse la loi, la tyrannie commence, s'il y a transgression au détriment
d'autrui. Dès lors, tout personnage au pouvoir qui abuse de l'autorité concédée
par la loi cesse par là même d'être un magistrat. Et puisqu'il agit sans
autorité, on peut lui résister comme à tout homme qui empiète par la force
sur les droits d'un autre. »
John
Locke, Deux Essais sur le pouvoir civil, 1690.
***
Dans
la candidature de Ségolène Royal,
La
laïcité authentique est fille de l’Humanisme et ne sacralise que la personne
humaine, c’est-à-dire l’humanité de toute personne. Elle est,
historiquement, philosophiquement, spirituellement, religion de l’Humanité !
Exiger l’ordre républicain, c’est donc affirmer la volonté de défendre,
à tout prix, la dignité et l’intégrité de chaque personne quelque soit la
couleur de sa peau, sa religion, son sexe, son âge, ses moyens et choix de vie,
ses opinions… C’est donc lutter, premièrement, contre toutes les
discriminations, mais aussi contre le communautarisme et son penchant naturel :
le fanatisme, notamment religieux[3].
Enfin,
l’ordre républicain ne sera pas rétabli sans revalorisation patriotique de
la nationalité française, seul véritable moyen moral et intellectuel d’intégration
et d’assimilation. Patrie : terre des parents, mais aussi, dans la
tradition française, terre d’asile ! Oui, aujourd’hui comme depuis
longtemps, mais à condition que nationalité – même toute nouvelle -
rime avec citoyenneté, cet engagement où se tissent droits individuels et
devoirs collectifs. Dans les « territoires perdus de
En
profondeur, c’est par la re-fondation d’une éducation inculquant des
devoirs aux individus à l’égard de
***
Dans
la candidature de Ségolène Royal,
La
mise en œuvre de ce principe de solidarité obligera, sous le contrôle
de l’État, les partenaires sociaux à remonter vigoureusement le niveau des rémunérations
des travailleurs des classes populaires et moyennes, afin qu’elles soient
dignes des exigences du bien-être et de la capacité à assurer le meilleur
avenir pour les familles. Elle devra garantir les meilleurs niveaux de prévoyance pour toutes les catégories de salariés, en généralisant
les contrats d’entreprise avec les mutuelles. Elle devra permettre de veiller
au respect intégral des obligations des employeurs en matières d’hygiène,
de sécurité et de conditions - physiques et morales - de
travail, grâce au développement des moyens et des pouvoirs du corps de
l’Inspection du travail. Elle devra offrir à tous les salariés de véritables
moyens de formation permanente,
afin qu'ils puissent accéder tout au long de leurs vies professionnelles au
plus haut niveau de qualification et en obtenir la reconnaissance. Elle devra aussi s’attacher à étendre le droit
syndical et notamment à renforcer les pouvoirs des représentants des
salariés au-delà de la simple consultation.
Aujourd’hui,
« l’insécurité sociale n’entretient pas seulement la pauvreté. Elle
agit comme un principe de démoralisation, de dissociation sociale, à la manière
d’un virus qui imprègne la vie quotidienne, dissout les liens sociaux et mine
les structures psychiques des individus. »[5]
La crise est suffisamment profonde, voire paroxystique, pour exiger une réaction
historique. « Il faut oser rompre avec cette société qui meurt et
qui ne renaîtra plus. Il faut oser l’Exode », écrivait André Gorz, en
1997, visant dès la première page de son Misères du présent, Richesse du
possible, le « système » qui « restaure les pires formes
de domination, d’asservissement, d’exploitation en contraignant tous à se
battre contre tous... »
La
construction d’un nouveau statut du travail salarié, garantissant une véritable
sécurité d’emploi et de formation, est donc devenue vitale pour notre République[6],
en général, et pour le socialisme, en particulier. Rappelant que le droit
à l’emploi est inscrit dans
D’autant
que cette revendication[8]
ne représente en rien, contrairement à ce que dit l’extrême gauche, un
quelconque renoncement à l’idéal de l’appropriation sociale qui
est, depuis les origines du socialisme, au cœur du combat ouvrier[9].
Au contraire, à défaut évident d’avoir réussi (pour le moment) la conquête
de la propriété de l’outil de travail, c’est bien la « propriété
sociale » des travailleurs qu’il s’agit ainsi de préserver, voire
d’augmenter considérablement. A la fin du XIXe siècle, les
promoteurs de la « propriété sociale » rattachaient déjà
à la sécurité du travail lui-même les protections sociales équivalentes à
celles que pouvait garantir la propriété de ses moyens de vie (logement,
source d’alimentation), voire de son outil de travail… C’est dire que la sécurité
sociale professionnelle sera demain le socle sur lequel se rebâtira toute la sécurité
sociale, seul support réel de la propriété de soi, c’est-à-dire de
l’authentique liberté.
Relisons
l’exposé des motifs de la création de Sécurité
sociale en 1945 : « La sécurité sociale est la garantie donnée à
chacun qu’en toutes circonstances, il disposera des moyens nécessaires pour
assurer sa subsistance et celle de sa famille dans des conditions décentes.
Trouvant sa justification dans un souci élémentaire de justice sociale, elle répond
à la préoccupation de débarrasser les travailleurs de l’incertitude du
lendemain. De cette incertitude constante qui crée chez eux un sentiment
d’infériorité et qui est la base réelle et profonde de la distinction des
classes entre les possédants sûrs d’eux-mêmes et de leur avenir et les
travailleurs sur qui pèse, à tout moment la menace de la misère. »
N’est-ce pas, plus que jamais, d’actualité ?
Loin
de l’utopie libertaire, ou des horreurs du collectivisme d’État,
les solutions
alternatives
au capitalisme et à sa « gouvernance » ultra-libérale ne manquent
pas. Elles affirment, sous de multiples formes, l’impérieuse nécessité de
l’« appropriation sociale » de l’économie, afin de donner
naissance à une société de citoyens véritablement égaux et heureux de vivre
ensemble, ce qui n’a pratiquement jamais cessé d’être le projet socialiste[10].
Voici les principales :
-
La « sécurité
sociale professionnelle », déjà évoquée, dont le fonctionnement
(moins coûteux pour la collectivité que l’indemnisation massive du chômage,
selon de nombreux économistes !) se résume ainsi : « Dans le
cas d’un licenciement pour motif économique réel, les employeurs,
solidairement responsables au sein d’une branche professionnelle ou même
d’un territoire, devraient être assujettis à proposer des solutions (nouvel
emploi, congé de conversion, reclassement, formation professionnelle...). Le
contrat de travail devrait être maintenu jusqu’à ce qu’une solution
durable et satisfaisante pour le salarié soit mise en place. »[11]
Il s’agit, en substance, d’une véritable abolition du chômage et de
la précarité !
- Nouvelle
réduction du temps de travail, en visant l’objectif de la semaine de
quatre jours (32 heures), telle que promue depuis longtemps par Pierre
Larrouturou ou Dominique Méda[12],
et telle qu’expérimentée, surtout, avec succès, par de nombreuses
entreprises modernes, voire florissantes. Le pari est, bien entendu, que le
temps « libéré » permette à tous et chacun, enfin pleinement
citoyens, de s’instruire, de participer à la vie collective, bref de se
livrer à des activités[13]
productives de lien social, de qualité de vie, de sens, ces vraies « richesses »[14]
émancipatrices.
- Instauration
d’un « revenu d’existence garanti » (proposé par le
radical solidariste Léon Bourgeois, dès 1889, et par Jacques Duboin, dans Le Socialisme distributiste, en 1934...), ou « allocation
universelle » ou « revenu de citoyenneté »[15],
ou « revenu minimum de citoyenneté »[16]
dignes de la vie humaine, au contraire des fameux minima sociaux (dont le
RMI) qui ne permettent, souvent, que de survivre[17].
- Soutien
résolu à l’économie sociale, associative et aux mouvements coopératif,
d’autogestion ou mutualiste qui progressent sans cesse (10% des emplois, en
Europe !), malgré le tabou dont ils sont évidemment l’objet. Ainsi, il
s’agit de soutenir des activités économiques qui ne reposent pas sur le libéralisme,
ni sur la privatisation des profits collectifs, mais qui valorisent, au
contraire, une forme résolument moderne de démocratie socio-économique.
-
Restauration,
enfin et surtout, du « service au public », pilier essentiel d’une
politique de solidarité opposée au règne de la concurrence libérale entre
les hommes[18].
Suivant
celle de Louis Blanc, l’Histoire socialiste de
Antoine
Peillon et Alain Vincenot, le 4 septembre 2006
[1]
Émilie Frèche,
[2]
Alexandre Del Valle, Le
Totalitarisme islamiste à l’assaut des démocraties,
éditions des Syrtes, 2002.
[3]
Caroline Fourest,
[4]
Emmanuel Brenner (dir.), Les Territoires perdus de
[5]
Robert Castel, L’Insécurité
sociale, Seuil, coll.
[6]
Denis Collin, Revive
[7]
Alain Supiot (dir.), Au-delà de
l’emploi ; Transformation du travail et devenir du droit du travail
en Europe, Flammarion, 1999 ; Jean -Michel Belorgey (autour de), Refonder la protection sociale, Libre débat entre les gauches,
[8]
Revendication très largement soutenue par les meilleurs experts de la
question sociale en général et de la précarité en particulier, comme en
témoigne l’excellente synthèse de Patrick Cingolani,
[9]
Proudhon (1809-1865), dans sa Théorie de la propriété (1866, posthume), prônait une socialisation de la production
qui n’équivalait pas à une expropriation générale et qui supposait même
le respect de la « possession individuelle » comme expression de
la liberté. Il expérimenta, dès 1849, une « Banque du peule »
qui préfigura nos très actuels crédits mutuels. Saluons aussi les mânes
de cet autre précurseur du socialisme, le manufacturier anglais Robert Owen
(1771-1858) qui en appelait à la responsabilité de l’Etat pour protéger
et instruire les plus démunis, mais qui fut surtout à l’origine du
mouvement coopératif avec les créations du « Marché national et équitable
du travail » (1832) et du « Grand syndicat national et moral des
classes productrices et utiles » (1833). Souvenons-nous aussi des
progrès sociaux formidables imposés par les radicaux-socialistes de
[10]
De Robert Owen (1771-1858) au Rocard des années soixante-dix, en passant
par Durkheim, Proudhon, Louis Blanc, Pierre Leroux, Emile Combes, Léon
Bourgois, Jaurès, Blum, Mendès France… A propos d’un moment clé de
l’histoire socialiste : Philippe Chanial, « La propriété sociale contre
l’Etat ; Jaurès, le collectivisme et l’association », dans Contre
Temps n° 5, septembre 2002, Propriétés et pouvoirs, pages 152
à 165. Pour aujourd’hui, principalement : André Gorz, Misères du présent,
Richesse du possible, Galilée, 1997 ; Dominique Méda, Qu’est-ce
que la richesse ?, Aubier, 1999 ; Denis Collin, Morale et justice
sociale, Seuil, 2001.
[11]
Bernard Thibault, avec Yvette Ladmiral, Qu’est-ce que
[12]
Pierre Larrouturou, Pour la semaine de quatre jours,
[13]
Pierre Larrouturou, Pour la semaine de quatre jours,
[14]
Dominique Méda, Qu’est-ce que la richesse ?, Aubier, 1999.
[15]
René Passet, « Le revenu minimum garanti ou le partage des fruits d’un
patrimoine universel », dans
[16]
André Gorz, Misères du présent, Richesse du possible, Galilée,
1997 ; excellente synthèse dans René Passet, L’Illusion néo-libérale,
Arthème Fayard, 2000, nouvelle éd., Champs Flammarion, 2001, pp. 266-278.
[17]
Rapport de Marie-Thérèse Join-Lambert au Premier ministre : Chômage :
mesures d’urgence et minima sociaux,
[18]
Pour aller à l’essentiel : Yves Salesse, Réformes & Révolution,
Propositions pour une gauche de gauche, Agone, 2001 ; Collectif, Service
public, La solidarité face au libéralisme, Syllepse, 2002 ; Denis
Collin, Revive
[19]
Jean Roux, La grande braderie du patrimoine public des Français
Une
OPA géante sur
[20]
Madeleine Rebérioux, Jaurès, La parole et l’acte, Gallimard,
coll. Découvertes, 1994, nouvelle. éd., 2001, pp. 47-63.