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Le bilan pourrait dépasser 15 000 morts en
août
LE MONDE | 09.09.03
Les 11 435 décès ne concernent que la
première quinzaine du mois.
Quel sera le nombre total des morts dues aux fortes chaleurs de l'été 2003, et quand sera-t-il connu ? De nombreux éléments laissent aujourd'hui penser que la mortalité globale sera supérieure à 11 435, premier décompte partiel effectué par les épidémiologistes de l'Institut national de veille sanitaire (INVS) (Le Monde du 30 août). "Par rapport à la moyenne de ces dernières années, et au vu des dernières données dont nous disposons aujourd'hui, nous estimons à environ 15 000 le nombre des décès supplémentaires survenus durant le mois d'août", précise-t-on auprès des Pompes funèbres générales (PFG). Ce nombre est jugé "raisonnable" par les épidémiologistes et les statisticiens chargés de cette question. Dans les jours suivant la canicule, les PFG avaient fait une première estimation de 13 000 décès supplémentaires. Ce nombre avait été établi sur la base d'une simple règle de trois, à partir des chiffres d'activité des PFG. Premier acteur du secteur du funéraire, elles détiennent 25 % du marché national. Cette évaluation avait ensuite été validée par l'INVS, avec 11 435 morts supplémentaires. Plusieurs observations médicales laissent aujourd'hui penser que les décès dus aux fortes chaleurs se sont produits dans les jours et les semaines qui ont suivi. "Pour notre part, nous estimons à environ 70 le nombre des morts par hyperthermie -définie comme une température corporelle dépassant 40,6 °C- qui ont été enregistrées dans nos établissements hospitaliers", précise-t-on auprès de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris. Il faut ensuite compter avec les décès qui sont une conséquence indirecte et à distance d'une exposition à de fortes chaleurs. "Il nous faudra aussi recenser toutes les séquelles, tous les phénomènes mortels de décompensation qui sont observés dans les suites des épisodes caniculaires, explique le docteur Patrick Pelloux, président de l'Association des médecins urgentistes des hôpitaux de France (Amuhf). Il s'agit notamment ici d'accidents cardio-vasculaires, d'infarctus du myocarde, de phlébites, d'embolies." Le président de l'Amuhf ajoute que le corps médical commence à prendre la mesure d'une surmortalité spécifique chez des personnes âgées qui prenaient beaucoup, et sans doute trop, de médicaments et qui n'ont pas réduit leurs prises pendant la canicule alors qu'elles restaient souvent sans boire et sans manger. " Il faut aussi compter avec les premiers suicides de personnes qui, du fait de la canicule, ont perdu brutalement un conjoint ou un proche", ajoute le docteur Pelloux. "Une recherche exhaustive, via Internet, de l'ensemble des publications médicales et scientifiques internationales sur les conséquences et les séquelles de l'hyperthermie et de la déshydratation des vieillards ne fournit pratiquement aucun résultat documenté, souligne le docteur Alain Fisch, responsable du service des urgences de l'hôpital de Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne). Cela est à la fois une non-information mais aussi une information éclairante quant à l'importance que le corps médical accordait jusqu'à présent à ce sujet. De la même manière, les ouvrages de référence pour les médecins urgentistes ne contiennent aucun chapitre sur le sujet, même pour son diagnostic et sa thérapeutique immédiate." Pour le professeur Jean-Louis Sanmarco, spécialiste de santé publique à l'Assistance publique- Hôpitaux de Marseille, qui a été l'un des rares médecins hospitaliers à s'intéresser dès 1983 à la prévention des épidémies de coups de chaleur chez les personnes âgées, il faut, après le pic de mortalité dû à la canicule, compter avec un phénomène de "traîne de surmortalité" dont les causes n'ont jamais été véritablement analysées. "Pour notre part, nous avons mis en place toute une série de travaux qui devraient nous permettre dans quelques semaines d'analyser les principaux facteurs de risque de mortalité pouvant être imputés aux institutions qui hébergent les personnes âgées", explique le professeur Gilles Brücker, directeur de l'INVS. En toute hypothèse, seul le calcul de la surmortalité générale observée sur plusieurs mois à compter de juin par rapport à la moyenne de la mortalité sur la même période durant les années précédentes permettra, ici, d'avoir une vision plus précise. Deux séries de données chiffrées sur ce thème devraient être publiées vers le 20 septembre. La première, qui portera sur la totalité du mois d'août, émanera de l'INVS. La seconde résultera des travaux que mènent Eric Jougla et Denis Hémon, deux épidémiologistes de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), à la demande de Jean-Pierre Raffarin. Jean-Yves Nau • ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU
10.09.03 |