mardi 13 mai 2003, 20h23

Mobilisation exceptionnelle contre le projet sur les retraites

PARIS (AFP) - Transports paralysés, manifestations imposantes, grèves très suivies : les salariés se sont mobilisés massivement mardi contre le projet gouvernemental de réforme des retraites, une mobilisation sans précédent depuis 1995.

C'est dans la rue que la démonstration de force a été la plus spectaculaire, dépassant les espérances des syndicats avant la réunion à laquelle le ministre des Affaires sociales François Fillon les a convié mercredi.

Les manifestants ont défilé dans plus d'une centaine de villes à l'appel de l'ensemble des syndicats (CGT, CFDT, FO, CFTC, CFE-CGC, Unsa, FSU, Sud, CNT) et des organisations de retraités.

Ils étaient 250.000 à Paris et 200.000 à Marseille selon les organisateurs (75.000 et 45.000 selon la police), entre 60.000 et 100.000 à Toulouse. Au total, les organisateurs ont dénombré 2.046.900 manifestants, la police 1.031.600 selon un décompte provisoire.

Au plus fort de la fronde de 1995 contre le projet Juppé, les manifestations avaient rassemblé entre 1 million et 2,2 millions de personnes selon les sources.

Mais les grèves ont aussi connu un niveau de mobilisation rarement atteint dans de nombreux secteurs. La paralysie des transports était presque totale avec un trafic très perturbé à la SNCF et 59,3 % de grévistes (30 % le 3 avril). Presque aucun métro ne circulait à Paris et la grève des contrôleurs aériens avait conduit à l'annulation de 80 % des vols.

Avec 55,28 % et 74,18 % de grévistes selon les secteurs, la participation des personnels de l'Education nationale a atteint un record. Sur l'ensemble de la Fonction publique d'Etat, la grève a touché 57,52 % des agents. Dans les hôpitaux publics, on comptait jusqu'à 90 % de grévistes, selon des sources syndicales.

La Poste enregistrait 47,6 % de postiers en grève et une distribution du courrier fortement perturbée, voire quasi nulle dans plusieurs régions, et France Télécom 58 % de grévistes, selon la direction.

Autre fait marquant, la forte présence du secteur privé dans les manifestations. A Paris, des salariés de Renault, Thales, Danone, Air France, Alstom ou Bouygues ont défilé avec enseignants, policiers et infirmières.

"Un cap est franchi dans la mobilisation", soulignait le secrétaire général de la CGT Bernard Thibault pour qui "la rue ne prétend pas exercer le pouvoir mais elle fait partie des éléments de la démocratie que le gouvernement doit prendre en compte". "Le but est de dire à Raffarin que s'il veut être le représentant démocratique de la population, il faut tenir compte de l'opinion des gens", renchérissait Marc Blondel (FO). Pour Gérard Aschiéri (FSU), "quand un phénomène atteint une telle ampleur, cela correspond à quelque chose de profond dans la société".

Interpellé à l'Assemblée nationale, notamment par les députés de gauche, M. Fillon, a réaffirmé qu'il n'y avait "pas d'alternative à la réforme" du gouvernement et qu'il "ne s'arrêtera pas en chemin".

Mais il s'est dit aussi "prêt à discuter avec ceux qui veulent améliorer le projet", notamment sur les petites retraites, le minimum contributif, les très longues carrières et les primes des fonctionnaires. Autant de sujets chers à la CFDT, qui entend faire de la réunion prévue mercredi entre le ministre et les syndicats "une vraie négociation".

La CGT, FO et Sud-Rail ont voté mardi lors d'assemblées générales pour la reconduction de la grève à la SNCF jusqu'à mercredi à midi. A la RATP, la CGT métro et la section ferrée CGT encadrement ont également appelé à la reconduite de la grève.

L'Education nationale devrait connaître une nouvelle journée de grève lundi. Sans compter l'appel à manifester lancé par trois syndicats pour le 25 mai (CGT, Unsa, FSU), et la perspective, évoquée par le secrétaire général de la fédération des cheminots CGT Didier Le Reste, de "mouvements de grèves reconductibles début juin" si "le gouvernement maintient le contenu de sa réforme actuelle".

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mardi 13 mai 2003, 19h40

Retraites: Marée humaine pour une autre réforme

PARIS (AP) - Démonstration de force contre la réforme des retraites. Plus d'un million de personnes ont manifesté mardi dans toute la France pour exiger la révision du projet du gouvernement, sur fond d'une avalanche de grèves massivement suivies -en particulier dans les administrations et les services publics-, avec de très importantes perturbations dans les transports.

La Direction générale de la police nationale (DGPN) a recensé en fin d'après-midi 1.100.000 personnes dans les rues de France, tandis que la CGT faisait état de près de 2 millions de manifestants (1.811.000), une mobilisation inégalée depuis le mouvement de décembre 1995.

A Paris, les protestataires étaient 75.000 selon la police, 250.000 selon les syndicats. En province, le plus gros cortège a rassemblé 100.000 personnes à Marseille selon la police, 200.000 selon les organisateurs.

D'importants défilés ont également eu lieu avec 50.000 manifestants à Toulouse selon la police, 35.000 à Grenoble, 34.000 à Bordeaux, 25.000 à Nantes et Lille, 23.000 à Lyon, 20.000 à Toulon, 18.000 à Rennes, 15.000 à Tours et Pau, 14.000 à Lorient, 11.000 à Brest, 10.000 à Saint-Brieuc, Nancy ou encore Strasbourg.

A Paris, les manifestants ont battu le pavé entre la place de la République et la place Denfert-Rochereau dans l'après-midi derrière une banderole sur laquelle on pouvait lire: "Ensemble pour l'avenir des retraites. Ensemble agissons".

Du côté des grèves, le mouvement, dans sa partie la plus visible, a surtout provoqué de très importantes perturbations dans les transports avec, à Paris, un trafic nul sur la quasi-totalité des lignes de métro, un trafic très réduit voire inexistant dans le RER et un bus sur cinq en circulation dans la capitale et sa banlieue.

En province, moins de la moitié des transports urbains circulaient dans quelque 35 villes, et le trafic des transports en commun était totalement paralysé dans 14 autres. Au total, des préavis avaient été déposés dans 80 villes.

A la SNCF, un TGV sur trois en moyenne était en circulation, un train Corail sur trois "au mieux", et le trafic a été très fortement perturbé pour les liaisons régionales.

Toujours dans les transports, le préavis de grève déposé par les syndicats de la Direction générale de l'aviation civile (DGAC) a entraîné la suppression de 80% des vols au départ ou à destination des aéroports français, sans toutefois provoquer de pagaille. Prévenus depuis plusieurs jours, les passagers semblaient en effet avoir pris leurs dispositions. On pouvait par exemple constater que l'aéroport de Roissy était désert mardi matin.

A l'Education nationale, les fédérations syndicales ont fait état d'au moins 80% de grévistes, 55% à 74% selon les types d'établissements d'après le ministère.

Le ministre du Travail et des Affaires sociales François Fillon recevra les organisations syndicales mercredi à partir de 18h pour poursuivre les discussions sur le projet de réforme. Mais s'il s'est déclaré "ouvert à la discussion" avec les syndicats qui veulent améliorer le texte, il a toutefois exclu de revenir sur les points clés.

Et sans attendre le résultat de ce rendez-vous, forts de l'ampleur de la mobilisation, les salariés et certains syndicats de plusieurs secteurs ont déjà manifesté leur intention de reconduire le mouvement.

C'est le cas notamment à la RATP ou les salariés du métro et du RER réunis en assemblées générales mardi matin ont voté "massivement" pour la poursuite de la grève, selon la CGT-RATP. Rien ne dit toutefois qu'ils passeront à l'acte dès mercredi matin mais l'organisation syndicale fait état d'un "grand mécontentement" et d'un "risque important" de nouvelles perturbations.

Même situation à l'Education nationale, où plusieurs syndicats, dont la puissante Fédération syndicale unitaire (FSU) ont appelé les personnels qui se réuniront en assemblées générales mercredi à voter "massivement" pour la poursuite du mouvement.

A la SNCF, seuls FO et le syndicat Sud-Rail ont appelé à reconduire la grève dès mercredi sur tout le territoire mais la direction tablait sur un retour à la normale mercredi à la mi-journée.

"Si le gouvernement maintient ses orientations, le contenu de sa réforme actuelle, on peut considérer qu'à partir de début juin, nous rentrerons dans un cadre de confrontations sociales plus généralisées avec la perspective de mouvements de grève reconductibles", a toutefois prévenu le secrétaire général de la CGT-Cheminots Didier Le Reste.

Présent dans le cortège parisien, mardi, le secrétaire général de la CGT Bernard Thibault a, de son côté, enfoncé le clou. "Souvent beaucoup de gouvernements ont tendance à dire 'je n'écoute pas ce qui se passe dans la rue'. Mais la rue a déjà contraint des gouvernements à retirer des réformes, et même des projets de loi".

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mardi 13 mai 2003, 17h18

Retraites: mouvement largement suivi par les personnels techniques de la presse écrite et audiovisuelle

PARIS (AP) - Pas un seul quotidien national et seulement une petite moitié des titres en région, les kiosques étaient peu approvisionnés mardi matin en raison de la grève observée par les ouvriers du livre. Un mouvement de grogne contre la réforme des retraites qui a également été suivi dans la presse audiovisuelle.

Les habitants d'Ile-de-France qui voulaient lire L'Equipe, Le Parisien, Libération, Le Monde, Les Echos, La Tribune, La Croix ou L'Humanité mardi n'avaient d'autre solution que de se connecter sur Internet pour consulter leur édition en ligne.

Le mouvement de grogne sur la réforme des retraites a été largement suivi par les ouvriers du livre à l'appel de la Fédération des syndicats des travailleurs des industries du livre, papier et communication (Filpac-CGT).

"Il y a plusieurs échelons où il peut y avoir des arrêts de travail bloquants pour l'ensemble de la chaîne et tous étaient pour l'arrêt de travail ou la grève, autant en pré-presse, qu'en production et en distribution", a expliqué un porte-parole des Nouvelles Messageries de la Presse parisienne, en précisant que le mouvement ne durerait "que 24 heures" parce que les personnels "sont conscients de la faiblesse des quotidiens nationaux".

"Au centre de distribution, les syndicats avaient averti qu'ils ne travailleraient pas ou peu", a-t-il rappelé. "De leur côté, les rotativistes avaient annoncé qu'ils n'imprimeraient pas les quotidiens, ce n'est donc pas bien étonnant que l'on n'ait aucun quotidien en kiosque aujourd'hui".

En région, le paysage de la presse écrite était aussi appauvri de façon importante. Selon le Syndicat de la Presse quotidienne régionale (SPQR), Le Bien Public, La Dépêche du Midi, La Montagne, Nice-matin, Ouest-France, Paris-Normandie, Le Parisien, Le Journal du Centre, le Berry Républicain et L'Union de Reims n'ont pas paru.

Les lecteurs assidus ont en revanche pu feuilleter L'Alsace, La Charente Libre, le Courrier Picard, Le Dauphiné, les DNA, l'Est Républicain, le Midi-Libre, la Nouvelle-République à Tours, la Provence, le Républicain Lorrain, la République du Centre, le Télégramme de Brest et la Voix du Nord.

Plusieurs autres titres de province n'ont paru que partiellement, comme le Courrier de l'Ouest, le Populaire du Centre, Sud-Ouest et Le Progrès.

L'antenne de Radio-France a également été largement perturbée, cette fois par la grogne de ses techniciens.

A France Inter, ce sont les tranches d'information qui ont été touchées, de minuit à 7h du matin puis entre 13h et 14h. Selon le service de presse, si la matinale a pu être maintenue, il n'y a en revanche pas eu de journal de 13h. Il ne devait pas y avoir non plus de journal à 18h et à 19h mais l'émission "Le téléphone sonne" devait bien être diffusée à 19h20. France Bleu a également rencontré d'importants problèmes de diffusion tandis que France Info n'était que peu touchée.

Du côté du petit écran, les éditions régionales de la mi-journée sur France 3 n'ont pas été diffusées et celles du 19-20 ne devraient pas l'être non plus, également en raison du débrayage des personnels techniques.

Selon la direction nationale de la chaîne publique, près de la moitié des syndiqués de l'Union de fabrication étaient en grève contre seulement cinq membres de la rédaction. Les personnels n'étaient pas présents en nombre suffisant pour que les journaux nationaux soient assurés en plateau. En conséquence, un journal tout en image devait être diffusé pour le 19-20 et pour Soir-3.

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mardi 13 mai 2003, 21h40

Démonstration de force des syndicats sur les retraites

Par Dominique Rodriguez

PARIS (Reuters) - Avec plus d'un million de manifestants dans toute la France, une quasi-paralysie des transports et des grèves bien suivies, les syndicats ont réussi mardi leur démonstration de force à la veille d'ultimes discussions avec le gouvernement sur les retraites.

La mobilisation, sans précédent depuis la crise de 1995 contre le "plan Juppé", a même dépassé les espérances syndicales.

Plus de 115 manifestations unitaires ont rassemblé 1,1 million de personnes dans tout le pays, selon la police, plus de 2,4 millions selon la CGT, avec une participation plus forte qu'à l'accoutumée des salariés du privé.

La CGT avait revendiqué 727.000 manifestants lors de la précédente journée d'action pour les retraites, le 3 avril.

Déterminé à mener à bien la réforme, même s'il affronte là sa première épreuve sociale, le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin s'apprête à lâcher du lest, se disant prêt à "discuter" de toute une série d'"améliorations", à condition qu'elles ne compromettent pas l'équilibre financier du dispositif.

En attendant, des appels à "reconduire" et "amplifier" le mouvement dès mercredi ont été lancés dans plusieurs secteurs, notamment à la SNCF, à la RATP et dans la fonction publique, notamment aux Impôts.

"Cette fois, la réponse est claire: nous ne voulons pas de la réforme telle qu'elle est présentée par M. Fillon et M. Raffarin", a souligné Marc Blondel pour Force ouvrière. "Pour demain, il y aura à mon avis très certainement des endroits où il y aura encore des blocages", a-t-il ajouté sur France Info.

Cinq des sept fédérations de fonctionnaires ont aussi appelé à inscrire l'action "dans la durée" et ont décidé d'une nouvelle journée nationale de grèves et manifestations le 19 mai.

L'Education nationale devrait donc connaître lundi prochain sa septième journée de grève depuis le début de l'année scolaire.

A Paris, 250.000 personnes selon les syndicats, 70.000 selon la police, ont traversé la moitié de la capitale du nord au sud pour défiler de la place de la République à Denfert-Rochereau, le parcours emprunté le 13 mai 1968 lors de la grève générale.

A Marseille, les manifestants étaient entre 100.000 et 200.000, selon la police ou les organisateurs.

Les grèves aussi ont atteint des niveaux de mobilisation exceptionnels. Avec près de 60% de grévistes à la SNCF, 80% des vols annulés au départ et à destination de la France, moins de 50% des réseaux urbains en service dans une cinquantaine de villes, les transports ont connu un "mardi noir".

A l'Education nationale, la mobilisation a atteint des records avec de 55% à 74% de grévistes, selon les catégories de personnels, au vu des chiffres fournis par le ministère.

"ON VEUT LE MAXIMUM"

"Chaque étape de la mobilisation voit une participation croissante et nous avons encore de la réserve", a pu se féliciter le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, en parlant d'un "exceptionnel succès".

La CGT, comme FO et la FSU, demande une remise à plat du projet sur les retraites et, même si elle a le souci d'éviter la rupture avec le gouvernement, elle n'a pas l'intention de laisser ce succès sans lendemain.

"Si le gouvernement choisissait de passer en force, la CGT, avec les salariés, serait au rendez-vous", a-t-elle menacé dans un communiqué, alors que les slogans qui réclamaient le retrait du "plan Fillon" ont fait florès dans les cortèges.

Pour maintenir la pression, la fédération CGT des cheminots envisage déjà une "confrontation sociale plus généralisée". Le cas échéant, elle prévoit de réunir toutes les fédérations de la SNCF le 28 mai, au soir de la présentation du projet de loi en conseil des ministres, pour proposer "une action de haut niveau dans le cadre d'un préavis national de grève à partir du 13 juin".

"Ce n'est pas la rue qui gouverne", avait affirmé la semaine dernière le Premier ministre. Les ministres chargés du dossier des retraites, François Fillon (Affaires sociales) et Jean-Paul Delevoye (Fonction publique), n'en recevront pas moins les confédérations syndicales et patronales mercredi soir pour "un échange sur l'avant-projet de réforme".

Les fédérations de fonctionnaires seront reçues jeudi matin par les directeurs de cabinet des deux ministres.

François Fillon, à l'Assemblée nationale, a détaillé les points d'"amélioration" possibles: petites retraites, carrières longues, rachat des années d'études et, pour la fonction publique, prise en compte des primes des fonctionnaires et de la progressivité de la réforme. Autant d'éléments qui pourraient rendre le projet de loi acceptable pour la CFDT, la CFTC et la CFE-CGC et diviser le fragile front syndical.

"On veut le maximum", s'est borné à indiquer à Reuters François Chérèque (CFDT), en admettant qu'il fait passer "la réforme avant l'unité syndicale". Il s'est refusé à chiffrer désormais ses revendications, notamment sur les petites retraites pour lesquelles il réclamait jusqu'ici 90% du smic.

Les organisations syndicales se sont donné rendez-vous le 15 mai pour faire le point. La CGT, avec la FSU et l'Unsa, préparent d'ores et déjà une manifestation nationale à Paris le dimanche 25 mai.